Newroz 2016 : cette flamme qu’Erdogan aurait voulu étouffer

mardi 29 mars 2016
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Les Amitiés kurdes de Bretagne étaient présentes aux côtés des Kurdes pour célébrer la fête du Newroz? à Rennes et dans d’autres lieux de Bretagne. Elles étaient aussi représentées par Brivael et Tony dans la délégation formée par la Coordination nationale Solidarité Kurdistan pour se rendre au Kurdistan Nord (Kurdistan de Turquie). Voici un premier témoignage sur l’événement. Il sera suivi par d’autres, fruits d’observations, de rencontres et de confrontations.

André Métayer

Célébration de la vie et de la nouvelle année, le Newroz s’est déroulé sous le poids de l’oppression en Turquie. Un véritable processus d’occupation des régions kurdes a été lancé par le gouvernement d’Erdogan depuis juin dernier et l’interdiction de célébrer le Newroz dans un grand nombre de villes est une manifestation supplémentaire de la volonté du gouvernement turc d’étouffer la diversité identitaire qui anime la Turquie.

Les violences ont commencées dès le 20 mars, lorsque les habitants de la ville de Batman ont décidé, malgré l’interdiction, de célébrer le Newroz dans le centre-ville. Plusieurs centaines de personnes sont accueillies par la police et les forces spéciales - que l’on reconnaît par le port de la cagoule et l’absence d’uniformes -, rencontres rythmées par les tirs de grenade lacrymogène et l’allègre utilisation des canons à eaux sur les civils. Le Newroz est alors interdit dans les provinces de Hakkari, de Van, de Sirnak… comme dans à peu près toutes les villes sous couvre-feu et en résistance. Seul Diyarbakir s’est vue autorisée à célébrer cette fête ce 21 mars 2016. Les festivités qui auront lieu ce même jour à Istanbul seront, elles aussi, violemment réprimées.

C’est sous un grand soleil qu’au petit matin, se déplaçant à pied, en charrette, ou en voiture, venant des quatre coins du Kurdistan, des centaines de milliers de personnes se dirigent vers le parc dédié à l’organisation de cet événement, dans l’un des quartiers modernes du nouveau Diyarbakir. Malgré le renforcement des forces armées et une pression de plus en plus pesante, malgré l’omniprésence des véhicules militaires et le bruit constant des F16 qui quittent l’aéroport pour aller bombarder les positions du Nord de l’Irak, ce sont près de 500 000 personnes, selon le HDP, qui se sont réunies pour célébrer le « jour nouveau » (traduction de Newroz), lutter pacifiquement contre l’oppression, résister et affirmer que « le peuple kurde veut vivre en paix ». Derrière les discours du co-président du HDP, Selahattin Demirtaş, du cinéaste Sırrı Süreyya Önder, de la co-maire de Diyarbakir Gültan Kişanak, la présence d’Abdullah Ocalan reste prégnante et, lorsqu’une vidéo lui rendant hommage en reprenant ses plus célèbres discours est projetée sur l’écran géant, la rumeur de la foule cède place à un silence d’or. Voilà plus d’un an que l’isolement d’Ocalan est total, que personne ne sait où il est ni dans quelles conditions il est emprisonné. Les drapeaux brandis par la foule, affichant fièrement les couleurs du Kurdistan, arborent également les portraits des compatriotes révolutionnaires des années 1960-1970, Mahir Cayan ou Deniz Gezmis, eux aussi tombés sous les coups de l’oppression turque. Malgré la forte présence des forces de l’ordre (80 000 gendarmes et 100 000 militaires), les festivités eurent lieu dans une atmosphère extrêmement chaleureuse, sans dérapage ni violence.

Alors que la liberté est entourée de barbelés dans le centre de Sûr, que des villes sont détruites sous le poids des bombes, que la réalité et l’ampleur des violences commises sont obturées par des bâches et mis ainsi à l’écart de notre regard, le Newroz aura été une fenêtre de liberté, un moment où la vie reprend ses droits et où les Kurdes ont pu crier haut et fort leur désir de vivre en paix et de manière fraternelle avec les autres peuples. Le feu de Newroz allumé au milieu de la place, symbole zoroastrien qui ravive la mémoire ancestrale du peuple kurde, est également le signe de leur lutte, un symbole reconnu par l’ONU et l’UNESCO comme « contribuant à la diversité culturelle et à l’amitié entre les peuples ». Et c’est dans l’indifférence générale de l’Europe que cette flamme a été violemment étouffée dans la quasi-totalité de la Turquie.

Tony Rublon et Brivael Lissonnet

VIDEO de la délégation de la CNSK (France) au Kurdistan de Turquie du 20 au 22 mars 2016 (6 min.) par Chris den Hond


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