Malgré les intimidations, la conférence « Stop Erdoğan » a pu se tenir à Rennes pour dénoncer la situation grave en Turquie : « le régime va, si ce n’est déjà fait, vers une dictature totale »

dimanche 20 novembre 2016
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Du jamais vu à Rennes ! Des fourgons de CRS déployés sur les quais de la Vilaine, devant la Maison internationale (MIR), pour permettre la tenue d’une conférence organisée par les Amitiés kurdes de Bretagne, avec la participation de deux témoins de la répression en Turquie : Engin Sustam et Cagla Aykac, enseignants-chercheurs d’Istanbul, aujourd’hui exilés à Genève.

La préfecture et la ville de Rennes ont pris très au sérieux les menaces téléphoniques ou par mail, toutes stéréotypées, comportant de graves accusations contre notre association : les Amitiés Kurdes de Bretagne soutiendraient ouvertement le terrorisme, « prônant la légitimité de Daesh, d’Alqaïda, de l’ETA ou de toute autre organisation terroriste au nom de la liberté d’expression ». Du délire ? Non, c’est le signe de la main des services secrets turcs, le MIT?, qui pratiquent le mélange des genres, les coups tordus et les assassinats ciblés, même sur notre sol. Nous n’avons pas oublié l’assassinat, à Paris, le 13 janvier 2013 de trois militantes kurdes.

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Notre action dérange. Notre association reste fidèle à ses objectifs depuis sa création en 1994 : "promouvoir toute activité et prendre toute initiative permettant la défense des Droits humains dans les différentes parties du Kurdistan et la reconnaissance de droits culturels et politiques du peuple kurde," c’est inscrit dans nos statuts. Un document de la Direction des Relations internationales de la ville de Rennes, daté de 2013, note qu’une délégation de notre association s’était rendue le 14 mars 1995

à Ankara et à Diyarbakir, pour demander la libération de Mehdi Zana [le maire de Diyarbakir emprisonné depuis 1980] et des parlementaires kurdes, dont sa propre épouse [Leyla Zana, prix Sakharov 1995, aujourd’hui députée d’Ağri] et pour leur transmettre un message de réconfort et de solidarité de la part de la Ville de Rennes.

Rien, ni personne ne nous arrêtera. Nous saluons le courage de la MIR qui ne s’est pas laissée intimider et remercions de leur présence deux adjoints à la maire de Rennes, Jocelyne Bougeard, chargée des relations internationales et Fréderic Bourcier, chargé de la solidarité et de la cohésion sociale, vice-président du conseil départemental d’Ille-et-Vilaine, qui ont manifesté leur soutien à la liberté d’expression.

La Ville de Rennes plaide pour la reprise des négociations de paix

Jocelyne Bougeard a rappelé les liens qui unissent les villes de Rennes et de Diyarbakir depuis 1977 et a plaidé pour l’arrêt des violences et la reprise de négociations pour une solution politique durable de la question kurde. Elle a rappelé que la maire actuelle de Diyarbakir, Gültan Kışanak, aujourd’hui incarcérée, avait été reçue chaleureusement, en décembre dernier, par la maire de Rennes, Nathalie Appéré, et, qu’après avoir visité l’exposition « Ben û Sen » au carré Lully de l’Opéra, elle avait été reçue à l’auditorium de la MIR pour un vibrant hommage à Tahir Elçi, bâtonnier de l’ordre des avocats de Diyarbakir, exécuté d’une balle en pleine tête le 28 novembre 2015 au cours d’une conférence de presse.

Fréderic Bourcier avait, accompagné en 2010 à Diyarbakir Daniel Delaveau, alors maire de Rennes et avait assisté en sa compagnie à la 5e audience d’un procès, qu’il qualifie de « fantoche », intenté à Osman Baydemir, alors maire métropolitain de Diyarbakir, inculpé et assigné à résidence :

c’est un sentiment très étrange que de vivre un procès politique, un moment qu’on croyait qu’il n’appartenait qu’au passé.

Fréderic Bourcier garde le souvenir d’un scandale qui s’est déroulé sous ses yeux et qui lui provoque encore aujourd’hui, dégoût et colère. Lui aussi plaide pour l’arrêt des violences et la reprise des négociations de paix.

Ne pas confondre agresseurs et agressés

100 000 personnes - et même plus dit Engin Sustam – ont perdu leur emploi, qu’ils soient enseignants, journalistes, militaires, magistrats, suspectés d’être des opposants au régime mis en place par le président Erdoğan, à la suite du coup d’Etat manqué de quelques militaires égarés –ou manipulés - du 15 juillet 2016 :

le mouvement de Fethullah Gülen est peut-être à l’origine du putsch mais ce n’est pas prouvé. C’est à l’origine un mouvement social qui a créé beaucoup d’excellentes écoles en Turquie mais aussi dans bien d’autres pays musulmans. La purge s’est servie de ce prétexte pour arrêter les individus gênants. Les listes étaient prêtes.

Un climat de délation s’est mis en place et nombre d’enseignants ont été dénoncés par leurs propres étudiants. Une véritable chasse aux sorcières est organisée rendant la vie impossible, surtout dans les petites villes. Déjà plus de 35 000 incarcérations et la liste s’allonge chaque jour, notamment parmi les élus et les cadres du HDP?.

Cagla Aykac :

il ne faut pas sous-estimer le nationalisme des Turcs qui est encore très ancré et qui se teinte aujourd’hui d’islamisation et de libéralisme (au sens de s’enrichir et consommer). Seule, une minorité a des envies de justice, de liberté et de démocratie. La répression anti kurde est d’autant mal vécue qu’elle vient après un moment d’euphorie pendant lequel les Kurdes ont cru aux mesures d’élargissement d’Erdoğan. Erdoğan, qui a voulu utiliser le vote des Kurdes pour arriver au pouvoir absolu, a changé radicalement de stratégie en prenant conscience du danger que représente, pour sa politique autoritaire, l’implantation du modèle démocratique du Rojava? (Kurdistan syrien).

Engin Sustam :

le régime va, si ce n’est déjà fait, vers une dictature totale avec de nouvelles lois comme celle d’autoriser le mariage des tout jeune filles à partir de l’âge de 12 ans ou de rétablir la polygamie, sans que les pays occidentaux ne s’émeuvent. La situation est grave en Turquie, une 3e guerre mondiale risque de tout embraser. La situation est celle de 1933 avec la montée du nazisme, du franquisme, que les puissances occidentales n’ont pas voulu voir venir.

C’est lui qui a rompu les négociations, c’est lui le responsable des violences

Au nom du Conseil démocratique kurde de Rennes (CDKR), Fehmi Kaplan a souhaité attirer l’attention sur la situation intolérable dans laquelle se trouvent, en Turquie, ses compatriotes soumis à une répression atroce, voulue et dirigée par le Président Recep Tayyip Erdoğan :

rien ne semble pouvoir l’arrêter dans sa folie meurtrière qui conduit le pays à la guerre civile et qui devient une menace régionale, voire mondiale. Les vagues répressives transforment chaque jour un peu plus en dictature le régime islamo-conservateur du parti AKP? du président Erdoğan. Des dizaines de milliers de syndicalistes, d’enseignants, d’étudiants, d’artistes, de journalistes, des maires et des milliers de militants du parti HDP (Parti démocratique des Peuples) sont emprisonnés. Erdoğan a véritablement déclaré la guerre au peuple kurde en emprisonnant ses représentants élus, qu’ils soient maires ou députés. C’est lui qui a rompu les négociations, c’est lui le responsable des violences. La Turquie post-15 juillet n’est plus gouvernée par l’Etat de droit. Nous souhaitons de la France une action forte et significative pour contraindre la Turquie à revenir à la table des négociations rompues unilatéralement en mars 2015. Merci encore à nos amis de la MIR et d’AKB d’avoir organisé cette soirée si enrichissante, merci à Engin Sustam et Cagla Aykac pour leur brillante conférence, merci à la ville de Rennes et au Conseil départemental d’Ille-et-Vilaine pour leur soutien.

André Métayer


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