« Je n’oublie pas »

lundi 9 janvier 2017
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Nous étions des milliers, ce samedi 7 janvier, à défiler à Paris, dans la froidure, de la Gare du Nord à la place de la République avec ce message scotché sur les manteaux d’hiver :"je n’oublie pas". Bientôt 4 ans que nous demandons Vérité et Justice pour nos amies Sakine, Rojbîn et Leyla, assassinées ce mercredi 9 janvier 2013, par un tueur professionnel, à Paris, au 147 rue La Fayette. La tension était palpable tant la colère est grande après le décès du présumé coupable, entrainant l’extinction des poursuites et faisant craindre qu’un non-lieu puisse mettre à terme à toute action judiciaire pour la recherche de la vérité. Cette colère est d’autant plus grande qu’il apparait au grand jour que tout a été fait pour que le procès ne puisse avoir lieu et que les commanditaires du crime qui, eux, sont bien vivants ne soient jamais démasqués. Laure Marchand, journaliste, vient de publier, après un travail minutieux de plusieurs mois, "Triple assassinat au 147, rue La Fayette" aux éditions Solin / Actes Sud, et pointe également les liens et les éléments à charge contre les services secrets turcs : " Pendant plusieurs mois, j’ai enquêté dans plusieurs pays et j’ai eu accès à des sources turques et françaises inédites qui m’ont permis d’établir des liens entre le suspect numéro 1 et le MIT?, les services secrets turcs" placés directement, rappelons-le, sous les ordres du premier ministre qui à l’époque était R.T. Erdoğan. Malgré des faits accablants, la France ne demande aucun compte à la Turquie, privilégiant son alliance stratégique avec Ankara. Il faut voir ici toute la puissance du lobby turc parisien qui a infiltré la haute administration et les cabinets ministériels. Même l’ambassadeur turc en poste à Paris se croit permis de faire des remontrances aux députés qui ont signé la tribune "Solidaires des élus kurdes, poursuivis, arrêtés détenus en Turquie que nous parrainons" parue dans libération, le 15 novembre dernier, et de téléguider directement les actions contre nos associations. La nomination à Paris de cet ambassadeur est éminemment stratégique, puisqu’il s’agit de son excellence Ismail Hakki Musa qui était, au moment du triple assassinat du "147", directeur adjoint du MIT en charge du renseignement extérieur. C’est peu dire.

Le "légionnaire" et la "source"

L’action judiciaire doit continuer car depuis le début nous savons qu’Omer Guney, le présumé coupable, décédé aujourd’hui, n’a pu agir seul et qu’il a été aidé dans son entreprise. Par une cellule dormante ? au moins par un complice qui n’a toujours pas été identifié mais que les documents audio mystérieusement arrivés sur internet appellent de son nom de code "le légionnaire". Etait-il présent au 147 rue La Fayette au moment de l’assassinat ? Ce n’est pas impossible. Un mégot encore en bon état retrouvé dans les toilettes a intrigué les enquêteurs, Guney (dit "la source"), comme les 3 filles, étant connus comme non-fumeur. Un mystérieux camion venu se placer un court instant dans le champ de la caméra de surveillance du garage d’en face aurait pu permettre la sortie de l’immeuble d’un deuxième homme. L’enquête s’est focalisée sur Guney et toutes les pistes n’ont pas été exploitées. Le complice a-t-il été exfiltré vers la Turquie, alors que Guney, qu’on savait atteint d’un mal incurable, est resté - sciemment ? - sur place et en liberté avant d’être arrêté 12 jours plus tard, le 21 janvier, alors qu’il était filé depuis le premier jour ? L’interpellation de Guney s’est faite au grand dam de la communauté kurde qui criait à la machination, ne pouvant imaginer l’inimaginable : la culpabilité de l’un des siens. Le "légionnaire" serait-il le même homme que celui venu d’Allemagne, à qui Guney aurait remis un plan d’évasion au cours d’une visite de parloir ? Ou ce "légionnaire" est-il, lui aussi, infiltré dans une des organisations kurdes ? C’est évidemment possible bien que la vigilance soit renforcée. Personne ne soupçonnait Guney, cet homme si gentil, si serviable, qui avait réussi à capter la confiance de tous.

Les documents classés "secret défense"

"Nous exigeons que la vérité éclate et que la justice passe, que les commanditaires soient démasqués et que la responsabilité d’Erdoğan, « patron » du MIT, soit clairement établie. Celles des services secrets français aussi ". Il est aujourd’hui difficile d’imaginer que Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) n’était pas informée. Nous avons la preuve que les faits et gestes des Kurdes du "147" étaient surveillés à leur insu, les investigations menées dans l’appartement-bureau de la rue La Fayette ayant permis de découvrir des logiciels espions et des enregistreurs de frappe dans les ordinateurs. Difficile donc d’imaginer que Guney n’était pas fiché et suivi. La déclassification de documents frappés du sceau "Secret-défense" n’a pas permis de faire la lumière sur l’affaire. La justice française a bien obtenu la levée du "secret-défense" et la Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN), réputée indépendante, composée de magistrats et de parlementaires, a bien permis aux juges d’avoir accès à une quarantaine de notes de la DGSI. Mais ces documents ont été tellement caviardés qu’ils sont devenus inutilisables. Un exemple parmi d’autres : d’un rapport daté du 23 février 2011, les magistrats instructeurs n’ont pu lire que 12 lignes relatives à Fidan Dogan. D’un autre, concernant Sakine, établi peu de temps avant son assassinat, les magistrats n’ont pu lire que le titre. Mais de qui se moque-t-on ? Comment ne pas suspecter une volonté délibérée de cacher la vérité ?

Autant d’éléments qui montrent que l’enquête doit reprendre.

Nous demandons que cette fois-ci, la déclassification de documents frappés du sceau "secret-défense" soit totale.

André Métayer


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