Les Kurdes en première ligne à Raqqa

La bataille contre l’État islamique est décisive, les enjeux politiques et diplomatiques aussi
vendredi 10 mars 2017
par  Amitiés kurdes de Bretagne

L’étau se resserre autour de l’État islamique (EI?) à Raqqa, sa capitale en Syrie (l’égal de Mossoul en Irak). Raqqa étant le principal bastion des djihadistes, les Forces démocratiques syriennes (SDF?), une alliance arabo-kurde composée principalement de combattants kurdes des Unités de Protection du Peuple (YPG?) ont coupé un axe vital pour son ravitaillement le 6 mars. Les SDF sont activement soutenues par la coalition internationale dirigée par les États-Unis, qui s’apprêtent à renforcer leurs opérations militaires. Le Pentagone vient de transmettre son plan stratégique à la Maison-Blanche, qui semble l’avoir approuvé : Les généraux se verraient accorder une plus grande liberté d’action, la priorité de l’administration Trump étant de "vaincre Daech et les autres groupes terroristes". Les États-Unis, qui ont des forces spéciales sur le terrain appuyées par de l’artillerie lourde, l’aviation et des hélicoptères de combat, participent à la bataille de Raqqa. Et la France ? Pour l’heure, aucune information ne filtre mais l’Élysée va devoir se décider rapidement, sous peine d’être hors-jeu. Le gouvernement va-t-il envoyer des troupes à Raqqa, lui qui avait déclaré que sa prise était un objectif stratégique essentiel pour la coalition anti-EI ? "Il faudra mener cette bataille" avait déclaré Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense et Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères, avait expliqué que "faire l’impasse sur Raqqa serait une faute grave". Notons que c’est de Raqqa qu’ont été télécommandées les attaques terroristes contre la France et que depuis l’attentat contre le Bataclan, l’aviation française mène régulièrement des raids dans ce secteur. Mais avec l’implication de groupes djihadistes, de forces régionales et de puissances internationales, la guerre en Syrie qui a fait plus de 310 000 morts, est de plus en plus complexe.

La politique d’Erdoğan est devenue encombrante car chacun a compris que l’objectif premier du président et de l’AKP?, son parti islamiste au pouvoir, n’est pas de combattre les forces djihadistes mais d’éliminer les Kurdes du PYD (Parti de l’Union démocratique), principal parti kurde en Syrie dont les combattants sont en première ligne et activement soutenus par les forces de la coalition internationale, mais aussi par les Russes, protecteurs de Bachar el-Assad.

L’opération turque "Bouclier de l’Euphrate" contrée par une alliance russo-américaine

"Des combattants kurdes et arabes soutenus par Washington se sont retirés de plusieurs villages du nord de la Syrie au profit des forces du régime en vertu d’un accord visant à éviter une confrontation avec la Turquie," note une dépêche de l’AFP qui précise que le contrôle de certains villages et positions à l’ouest d’Arima (située à 70 km au nord–est d’Alep) a été remis aux gardes-frontière du régime. Cette mesure a été prise "afin de limiter l’expansion turque et (...) d’éviter une effusion de sang au sein de la population civile ". C’est un coup dur pour Erdoğan qui, en août dernier, a donné ordre à son armée de pénétrer au Rojava? (Kurdistan de Syrie), au mépris des frontières existantes, pour voler au secours des « rebelles » en perdition. Cette opération, appelée "Bouclier de l’Euphrate", se trouve ainsi contrée alors qu’elle se lançait à la conquête de Manbij (située à moins de 30 km d’Arima), sa prochaine cible prioritaire, à deux heures de route de Raqqa.

Des photos des véhicules militaires américains entrant dans Manbij-est soulignent la détermination américaine à repousser un affrontement turco-kurde qui retarderait l’offensive contre Raqqa. Les États-Unis n’ont fait aucune objection à ce que l’armée syrienne et les convois humanitaires russes arrivent du sud vers Manbij. D’autres signes indiquent que le mélange traditionnel de rivalité et de coopération qui a caractérisé les relations entre les Etats-Unis et la Russie en Syrie se dirige vers une plus grande coopération. L’armée syrienne, avec le soutien de la Russie et du Hezbollah?, a repris Palmyre aux djihadistes de l’EI jeudi dernier avec l’aide des frappes aériennes américaines

peut-on lire dans The Independent, sous la plume de Patrick Cockburn, écrivain journaliste spécialiste reconnu pour ses analyses pertinentes concernant l’Irak, la Syrie et les guerres au Moyen-Orient. La Turquie aura donc beaucoup de mal à attaquer Manbij, libérée des djihadistes de l’EI, après des combats féroces, par les SDF avec l’aide de la coalition. Le Conseil militaire de Manbij a déjoué les plans d’Erdoğan en permettant à l’armée syrienne, qui avance du sud avec le soutien aérien russe, d’entrer dans des villages à l’ouest de Manbij, attaqués par les milices islamistes soutenues par la Turquie.

Le combat d’Erdoğan en Syrie sera-t-il le combat de trop alors que la marche du président vers un régime totalitaire s’annonce triomphale, avec un référendum dont les résultats ne font aucun doute, tant les conditions d’une consultation libre en Turquie sont inexistantes ? "Arx tarpeia Capitoli proxima" disait les Romains : il n’y a pas loin du Capitole à la Roche tarpéienne. Erdoğan devrait y réfléchir.

André Métayer


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