Kurdistan : la lutte armée, faute d’alternative

vendredi 23 février 2018
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Le décès sous les bombes turques d’un volontaire international bien connu des milieux bretons, Kendal Breizh, à Afrin, dans la région kurde de la Syrie, relance le débat sur la lutte armée et sa légitimité. Kendal était venu, par idéal, se battre en Syrie aux côtés des Kurdes contre des djihadistes de Daech. Nous respectons son choix, nous saluons sa mémoire et nous nous inclinons devant la douleur de ses proches : son sacrifice nous amène à une question maintes fois débattue : la lutte armée se justifie-t-elle quand il s’agit de défendre une cause juste ? Pour tout pacifiste, le recours à la violence est néfaste, la violence entrainant la violence. Partisan de la non-violence, Nelson Mandela que le monde entier admire aujourd’hui, avait été amené, pour s’imposer dans la lutte contre l’apartheid, à s’investir dans la guérilla et dans la révolution violente. Il en paya le prix : 27 ans de bagne. Mais pour négocier la paix, il faut être deux et si Abdullah Öcalan est le Mandela kurde – il l’a montré lors des négociations avortées de 2015 - Recep Tayyip Erdoğan n’est pas Frederik Willem de Klerk qui sut, lui, conclure avec le détenu Mandela des accords constitutionnels pour une paix durable. Oui, il faut tout faire pour éviter la guerre ou faire cesser les conflits car les guerres propres, les guerres justes, ça n’existe pas. Mais il convient avant tout de ne pas confondre agresseurs et agressés.

La grande hypocrisie

La grande hypocrisie est de renvoyer dos à dos les belligérants et d’oublier qui est l’agresseur.

Qui a rompu les négociations de paix qui avaient été ouvertes en 2011 ? Dans une lettre lue pendant le Newroz? 2015, Abdullah Öcalan demandait que les armes se taisent. Quand, le 7 juin 2015, le Parti démocratique des peuples (HDP?) a obtenu 14 % des suffrages aux élections législatives, Erdoğan a compris qu’il n’obtiendrait pas la majorité qualifiée nécessaire pour réformer la Constitution et a révélé sa vraie nature, fourbe et dominatrice. Il s’est alors lancé dans une politique de répression tout azimut qui peut se résumer ainsi : qui n’est pas avec moi est contre moi, et qui est contre moi est un « terroriste » qui doit être éliminé.

Les moyens employés sont ceux d’un dictateur d’une espèce qu’on croyait à tort en voie de disparition. Tous d’abord il emprisonne tous ses opposants ou supposés tels, en particulier militants et responsables politiques et associatifs, syndicalistes, journalistes, enseignants, avocats, magistrats, militaires, fonctionnaires territoriaux et mêmes les internautes un peu trop bavards. A cela s’ajoute la précarité pour tous ses opposants encore en liberté : ils ont tous perdu leur emploi et vivent en dessous du seuil de pauvreté. C’est une situation gravissime. Mais comme ce n’est pas encore suffisant pour terroriser la population, il érige la délation en système, offrant ouvertement à ses inféodés, par idéologie, par intérêt ou par peur, des récompenses substantielles pour tous renseignements sur les supposés « terroristes » encore en liberté. Informer les autorités est « un devoir patriotique ». La prison ou l’exil : selon le service d’asile grec, 1 827 Turcs ont demandé l’asile en 2017, dix fois plus qu’en 2016.

Un rameau d’olivier taché de sang

Mais la mégalomanie du sultan d’Ankara ne s’arrête pas là : il viole allégrement les frontières sans soulever les protestations que les organisations internationales réservent, parfois même avec des sanctions à la clef, à ce genre d’agressions : depuis des années, les troupes spéciales turques violent le territoire irakien et l’aviation turque bombarde en toute impunité les monts Qandil. L’opération « Bouclier de l’Euphrate » en Syrie n’est que la continuité de cette politique agressive, comme l’est l’opération « Rameau d’olivier » qui a débuté le 20 janvier. Cette opération qui vise Afrin et sa région constitue un réel danger sur le plan international mais ne semblait pas émouvoir particulièrement le secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement quand il a répondu, le 23 janvier, à un sénateur l’interrogeant en séance publique : « la Turquie a engagé voilà quatre jours dans la région d’Afrin, au nord de la Syrie, une opération militaire, motivée par des inquiétudes sur sa propre sécurité. Nous pouvons entendre ces inquiétudes ». Nous espérons qu’il s’est ravisé depuis en entendant diverses voix, celles par exemple des signataires d’une campagne contre le « Rameau d’olivier », en tête desquels on trouve notre ami Abdullah Demirbaş, l’ancien maire de Sur (centre historique de Diyarbakir) :

nous savons que l’opération armée sur Afrin, sur les terres syriennes, qui ne menace pas notre pays, apportera à notre pays non pas la paix et la sécurité, mais des problèmes, destructions et souffrances encore plus importants, et blessera profondément nos citoyen.nes kurdes.

Défendre le projet de gouvernance du Rojava

Khaled Issa, représentant du Rojava en France, a, lors de sa conférence de presse du 19 février dernier, fait le point sur l’agression turque à Afrin, « une violation du droit international et des frontières de la Syrie » et défendu un projet qui s’inscrit à l’intérieur de la Syrie « où nous prévoyons un système fédéral et démocratique. Nous pensons qu’une société multiethnique et multiconfessionnelle ne peut pas être bâtie sur la légitimité d’une seule nation ou d’une seule religion. Cette conception dérange Damas mais aussi la Turquie. » Et d’ajouter : « tant qu’il n’y a pas de réaction sérieuse à la hauteur de la gravité de la situation parmi les puissances occidentales, le régime turc continuera à agir selon son bon vouloir. (…) En tant que membre du Conseil de sécurité, je pense que la France peut faire beaucoup plus que ce qu’elle n’a fait jusqu’à présent. Je n’oublie pas qu’en 2014, c’est elle qui a fait la différence lors de la bataille de Kobanê. »

Le Rojava est le terrain de jeu, un jeu cruel et destructeur, où se jaugent, se défient, se méfient, avec un risque d’affrontements directs, de grandes puissances régionales, comme notamment la Turquie et l’Iran et leurs parrains internationaux. Un nouveau Yalta est à craindre où chacun voudra récupérer sa mise, avec intérêts et principal.

Pour autant, le pire est évitable. Le Rojava et sa gouvernance, qui a fait ses preuves, ne sont pas un problème pour le Moyen Orient, ils sont peut-être la solution.

André Métayer

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de Kemal, 21 ans, le fils de notre amie Berivan, porte-parole du Conseil démocratique kurde en France, militante du Mouvement des Femmes kurdes. En Irak, puis en Syrie, Kemal combattait depuis trois ans les djihadistes. Il aurait été tué, selon nos informations, sous un bombardement de l’aviation turque alors que son groupe progressait en direction du Rojava. Nous adressons à Berivan nos affectueuses pensées.


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