Afrin tombée, Macron dit « stop » à Erdoğan

Communiqués, démentis, rencontres, mouvements de troupe
jeudi 5 avril 2018
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Que s’est-il passé lors de l’entretien accordé par le président Emmanuel Macron à une délégation de la Fédération démocratique du Nord de la Syrie, qui s’est tenu à l’Elysée le 29 mars dernier, auquel a participé l’amiral Roger, chef d’état-major des armées ? Cette délégation était composée de quatre femmes et deux hommes (kurdes, arabes et chrétiens), membres des Forces démocratiques syriennes (FDS - alliance kurdo-arabe dominée par les YPG?/J) parmi lesquels Khaled Issa, représentant de l’Auto-administration du Nord de la Syrie en France. La réception en elle-même a constitué un geste significatif, avant un déplacement présidentiel aux États-Unis, rendu officiel par un communiqué de l’Elysée daté du 4 avril :

le Président de la République s’est entretenu ce jour au téléphone avec le Président des Etats-Unis d’Amérique. Ils ont abordé les efforts communs mis en œuvre pour lutter contre Daech en Irak et en Syrie. La France et les Etats-Unis sont déterminés à poursuivre leurs actions au sein de la coalition internationale pour combattre jusqu’au bout cette organisation terroriste qui représente à la fois une menace pour la stabilité régionale et pour nos intérêts de sécurité. Rien ne doit nous détourner de l’objectif de prévenir toute résurgence de Daech dans la région et de progresser vers une transition politique inclusive en Syrie. Le Président de la République a par ailleurs évoqué son prochain déplacement aux Etats-Unis et s’est réjoui de pouvoir se rendre à Washington du 23 au 25 avril, dans le cadre de la première visite d’Etat sous la présidence de Donald Trump.

La lutte contre l’Etat islamique reste la priorité pour la France et les Etats-Unis (malgré les velléités de Donald Trump de quitter la Syrie, contrées en cela par le Pentagone), dans laquelle les FDS se sont rendues indispensables. Il n’en est pas de même pour Erdoğan qui, obsédé par la question kurde et le confédéralisme démocratique, n’hésite pas à intégrer dans ses rangs des milices islamistes.

Confrontation entre pro–kurdes et pro-turcs

Difficile donc d’imaginer que cette rencontre à l’Elysée fut fortuite, d’autant plus qu’elle s’est tenue quelques jours avant le sommet tripartite Turquie-Russie-Iran sur la Syrie qui a réuni le 4 avril à Ankara les présidents Erdoğan, Poutine et Rohani, un sommet qui, étonnement, n’a duré qu’une heure quarante minutes, d’après l’agence turque pro-Erdoğan Anadolu et qui a eu pour objet, d’après l’agence russe pro-Poutine Sputnik, de renforcer "plus que jamais" leur partenariat économique, énergétique, militaire, géopolitique et culturel : "un rapprochement qui ne fait pas les affaires de l’Occident, qui observe avec colère et impuissance cette évolution" ajoute perfidement la dépêche. Rien ne se fait, bien sûr, sans l’accord de Poutine, deus ex machina d’une autre coalition, aux pieds d’argile, réunissant la Turquie sunnite, par ailleurs membre de l’OTAN et l’Iran chiite, autre acteur majeur du conflit, résolument opposé à la présence turque en Syrie. En même temps, comme le souligne Le Monde, des députés du parti travailliste britannique se sont rendus au Rojava et ont tenu une conférence de presse tenue le 3 avril dans la ville frontalière de Qamichli pour exprimer leur solidarité avec les Kurdes "au moment où cette communauté est confrontée à une offensive de l’armée turque, notamment dans le secteur de Manbij".

Menace sur Manbij

Manbij est une ville très ancienne située sur la rive droite de l’Euphrate, à 20 km du fleuve, à 30 km de la frontière turque et à 100 km à l’est d’Afrin. Manbij fut l’un des premiers fiefs de l’État islamique en janvier 2014, ville carrefour entre la Turquie et l’EI?, par laquelle passaient les recrues djihadistes et divers trafics de financement venant particulièrement du poste-frontière de Jerablus. Le 12 août 2016, après des combats acharnés, les FDS, en coordination avec la coalition internationale, ont pris le contrôle total de Manbij qu’Erdoğan dit, depuis le 28 février 2017, vouloir reprendre. Mais l’opération contre Manbij s’annonce plus complexe que celle d’Afrin, en raison de la présence d’environ 350 soldats de la coalition internationale anti-EI, essentiellement des Américains et des Français, mais aussi des Britanniques, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Nombre de réfugiés venant de diverses régions de Syrie continuent également à arriver à Manbij.

Malgré les dénégations de l’Elysée (relations diplomatiques franco-turques exigent ?) le président Macron aurait annoncé l’envoi “très rapide” de renforts militaires en Syrie, en coordination avec les États-Unis, tout en offrant sa médiation entre les forces kurdes et la Turquie, médiation immédiatement rejetée par Erdoğan qui se dit "peiné" par la position de la France. Gérard Chaliand, géopoliticien et observateur attentif, relativise la réaction du bouillant et tonitruant monarque turc qui se dit "peiné" et non "indigné" :

donc il s’aperçoit qu’effectivement, qu’il faut qu’il sache jusqu’où il peut aller trop loin lorsqu’il dit qu’il va continuer sur Manbij et par la suite jusqu’à l’Irak. Je pense qu’il se paie de mots, et que c’est fait à l’intention de sa propre opinion publique.

Le très prudent et respecté Khaled Issa avait précisé que ces nouvelles troupes seraient déployées à Manbij pour contrer, après l’invasion d’Afrin, les menaces d’expansion turque en Syrie. Les faits semblent lui donner raison, photos de troupes françaises et américaines à l’appui : l’agence Sputnik, peu suspecte de sympathie envers les Occidentaux, précise que 50 officiers français sont arrivés vendredi 30 mars à Manbij à bord de quatre avions. Selon l’OSDH, des renforts et de l’artillerie lourde sont arrivés ces derniers jours à Manbij :

on constate un afflux de forces de la coalition vers la région de Manbij. Il s’agit d’un déploiement majoritairement américain auquel participent des éléments français. Des préparatifs sont en cours visant à construire au moins une nouvelle base de la coalition dans les environs de Manbij.

André Métayer


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