Sauvons Hasankeyf

lundi 30 avril 2018
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Nous écrivions en 2008 :

les Amitiés kurdes de Bretagne ont, déjà, dans les années passées, attiré l’attention des autorités françaises, des élus locaux et du public, sur la nécessité de sauver le site archéologique de Hasankeyf, menacé par le projet d’un barrage, sur le Tigre, le barrage d’Ilisu, pour la construction duquel des contrats de financement viennent d’être signés avec la participation d’un consortium international de banques, parmi lesquelles la Société Générale, pour un montant de 1.47 milliards de dollars.

Les AKB, qui avaient envoyé à plusieurs reprises une délégation à Hasankeyf, ont participé le 18 mars 2008 à une manifestation en présence de Hüseyin Kalkan, maire de Batman et de Ayla Akat Ata, députée, au cours de laquelle des abricotiers ont été plantés dans le champ où était prévu le démarrage de la construction du barrage. Tout un symbole !

Les AKB avaient également invité adhérents et sympathisants à signer une pétition qui protestait contre le financement de la construction du barrage d’Ilisu et qui demandait notamment à la Société Générale de se retirer du projet :

ce barrage, dont la rentabilité n’est même pas démontrée, va avoir des conséquences désastreuses sur le plan social et culturel, sans compter les risques de relations conflictuelles avec les pays voisins (Irak et Syrie), quand on sait qu’au Moyen Orient l’appropriation de l’eau est un sujet sensible. La population locale est farouchement opposée au projet prévoyant le déplacement de plusieurs dizaines de milliers de personnes et devant engloutir la ville antique de Hasankeyf qui, avec ses dix mille ans d’histoire, compte parmi les plus importantes cités historiques du monde. Avec la construction de ce barrage, le site de Hasankeyf va perdre son héritage assyrien, chrétien, abbasside, islamique et ottoman. La récente destruction, par les talibans, des Bouddhas de la falaise de Bâmiyân, en Afghanistan, a bouleversé, à juste titre, l’opinion internationale. Ne laissons pas détruire le patrimoine archéologique des vallées supérieures du Tigre et de l’Euphrate, berceau des premières civilisations humaines.

Et en 2010 nous écrivions :

l’abricotier planté il y a deux ans à Hasankeyf, qui est tout en fleur au printemps 2010, laisse perler un espoir de paix malgré les turbulences annoncées.

Devant l’ampleur des protestations nationales et internationales, nous espérions que la Turquie abandonnerait son projet.

Tout ce qui n’est pas d’origine islamique ou ottomane est voué à la destruction

Mais rien de tel. En mars 2018, une délégation des AKB s’est rendue à Hasankeyf pour constater que les travaux de construction du barrage allaient engloutir cette ville historique. Longtemps contesté, ce projet s’inscrit dans un ensemble beaucoup plus vaste : le Projet GAP. L’objectif officiel de ce projet est la construction de barrages sur le fleuve Tigre et ses affluents pour fournir de l’électricité à la région et irriguer les terres agricoles. Mais le but non avoué est aussi de pouvoir faire pression sur les pays voisins proches, l’Irak et la Syrie, dont les fleuves Tigre et Euphrate constituent la principale ressource en eau. Accessoirement, ces barrages ont aussi pour but de limiter les déplacements des personnes. Autres conséquences directes : les habitants devront partir soit vers une ville nouvelle construite à proximité, soit vers d’autres villes comme Batman, mais ne recevront pas de dédommagement à la hauteur du préjudice et devront donc avoir recours à l’emprunt pour se reloger. Rien n’est fait pour préserver les vestiges archéologiques de cette ville ancienne. Tout ce qui n’est pas d’origine islamique ou ottomane est voué à la destruction.

Et comme l’écrit notre ami Azad Kurkut, « journaliste et militant, passionné du Moyen-Orient en général et du Kurdistan en particulier », Hasankeyf est victime de l’appétit économique turc :

comme la Vallée des Rois en Egypte ou le Parthénon en Grèce, Hasankeyf devrait être un sanctuaire historique et culturel pour l’humanité. Avide de satisfaire ses besoins en eau et en électricité, l’État turc plongera la cité millénaire sous les eaux avec la construction avancée du barrage d’Ilisu. Les photos qui accompagnent le texte ne seront bientôt que des souvenirs ou le sont déjà.

28 avril 2018 : journée mondiale pour Hasankeyf

C’est la troisième journée mondiale d’action pour Sur et Hasankeyf.

Il y a un an, le journaliste Mathias Depardon et son accompagnateur Mehmet Arif étaient arrêtés en reportage à Hasankeyf en Turquie, où un projet de barrage menace la cité antique à majorité kurde. Le projet qui devait voir le jour en 2013 est vivement critiqué et les premiers dynamitages diffusés sur les réseaux sociaux ont relancé la mobilisation

écrit Corine Morel Darleu sur RojInfo.

Malgré l’état d’urgence décrété par M. Erdoğan qui interdit tout rassemblement public et manifestations, la mobilisation reste active. L’Initiative pour sauver Hasankeyf regroupe 56 maires de la région, des scientifiques, des ingénieurs et des ONG. Le député HDP? Mehmet Ali Aslan a déclaré aux Observateurs de France 24 : quand j’ai vu les vidéos sur les réseaux sociaux, j’ai d’abord cru que c’était Daech en train de détruire Palmyre. J’étais sous le choc. Dernièrement, Monsieur Erdoğan a déclaré à la télévision : quoi qu’il arrive je terminerai ce barrage et il veut que ce barrage s’achève. C’est pourquoi nous lançons un appel aux peuples : venez pour que nous soyons les gardiens de cette Histoire, ce n’est pas seulement l’Histoire des Kurdes, c’est celle de tous.

André Métayer


Photos : Hasankeyf en mars 2016 et avril 2018


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