Conflit turco-kurde : Öcalan, l’interlocuteur incontournable

mardi 12 octobre 2010
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Les Kurdes de Rennes ont tenu à rappeler qu’Abdullah Öcalan, Président du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) a fait l’objet d’un véritable complot international visant à son élimination physique ; pour autant, il reste, 12 ans après, l’interlocuteur incontournable de l’Etat turc dans les négociations en vue d’un règlement politique de la question kurde.

Lors du coup d’État de 1980 fomenté par une junte militaire turque, Abdullah Öcalan, alors secrétaire général d’un tout nouveau parti créé le 27 novembre 1978, le PKK, dirige le mouvement de résistance armée depuis la Syrie, au grand dam du gouvernement turc qui exercera sur cet Etat voisin une pression constante.

La Turquie détenant la maitrise de l’eau, l’arme absolue au Moyen-Orient, se fait de jour en jour plus menaçante avec la construction de barrages hydroélectriques (Great anatolian projet) ; impatiente, elle ira jusqu’à masser ses troupes à la frontière syrienne : Abdullah Öcalan doit partir dans les 5 jours ; il quittera effectivement la Syrie le 9 octobre 1998 pour Moscou, puis pour Rome.

La pression internationale est si forte qu’il est contraint de chercher refuge ailleurs. Il tente alors de gagner l’Afrique du Sud, via le Kenya : c’est là qu’il sera livré aux services secrets tucs (MIT?) lors d’un véritable kidnapping organisé par le Mossad israélien et la CIA, avec la complicité de l’ambassade de Grèce ; c’était le 15 février 1999.

Ramené en Turquie par avion privé, incarcéré sur l’île-prison d’Imrali, Abdullah Öcalan sera condamné à la peine capitale par la Cour de sûreté d’Ankara, le 29 juin 1999, lors d’un procès que la Cour européenne des Droits de l’Homme jugera le 12 mars 2003 inéquitable ; entre temps, la peine capitale sera commuée en détention à perpétuité le 3 octobre 2002, après l’abolition de la peine de mort en Turquie.

Le procès d’Abdullah Öcalan va marquer un tournant dans le conflit turco-kurde et donner à l’accusé une tribune pour faire connaître au monde entier les raisons de son combat et les solutions qu’il préconise :

Il n’est pas dans mon propos de répondre point par point au réquisitoire de M. le Procureur Général mais de me pencher sur la question principale, à savoir la possibilité d’aménager un compromis et de trouver une solution historique à la question kurde, incluant celle du PKK en tant qu’instigateur du dernier soulèvement qu’on peut qualifier de guerre à moyenne portée et dans lequel j’ai œuvré pour créer les conditions d’une paix négociée.

Déjà Öcalan indique la primauté de la négociation sur la lutte armée dont l’usage demande retenue et maitrise. Sa défense en surprendra plus d’un, ses ennemis le traiteront de lâche, nombre de ses fidèles seront surpris, voire choqués, mais son autorité restera intacte : aujourd’hui, sa position est globalement comprise, approuvée et plébiscitée.

Notre stratégie, reposant sur le concept d’une union dans le cadre d’une république démocratique, est le fruit des enseignements tirés de notre lutte et nous apparaît comme étant la voie la plus juste pour arriver à résoudre la question kurde.

Pour éclairer ses propositions, il fait référence aux expériences européennes et notamment au modèle suisse qui s’explique

par cette variété de langues et de cultures que la multiplicité a, paradoxalement, renforcé au lieu de l’affaiblir.

Aujourd’hui, Abdullah Öcalan signe et persiste :

Nous souhaitons un règlement sur une base démocratique et politique. Nous ne recherchons pas une solution par les armes ;

ce message est entendu par la branche armée du PKK qui, entre deux affrontements, accepte de décréter unilatéralement des cessez-le-feu à répétition.

L’État turc, qui ne fait plus mystère des contacts qu’il entretient avec le prisonnier d’Imrali, poursuit néanmoins sa politique ambiguë : il discute avec les dirigeants du BDP tout en procédant à de nouvelles mises en détention de cadres de ce parti ; il exige la reddition des combattants tout en couvrant (voire en fomentant) des actes de contre-guérilla comme celui de Hakkari qui, le 16 septembre dernier, tua 9 villageois et dont il a tenté d’en faire porter la responsabilité au PKK.

André Métayer


Photos (c) Gael Le Ny


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