Législatives en Turquie : Rétropédalage du Haut conseil électoral (YSK) qui valide les candidatures de Leyla Zana Hatip Dicle, Ertuğrul Kürkçü, Gülten Kışanak, Sabahat Tuncel et Mehmet Salih Yıldız.

samedi 23 avril 2011

La presse kurde de ce 21 avril n’hésite pas à titrer sur la « victoire de la résistance populaire » à propos de la décision du Haut Conseil Electoral (YSK) de revenir partiellement sur sa décision du 18 avril dernier d’invalider la candidature aux élections législatives du 12 juin prochain de candidats indépendants soutenus par le BDP – Le Parti Paix et Démocratie- et des mouvements de la gauche progressiste turque. (Lire Scandaleuse décision : de hautes personnalités kurdes frappées d’inéligibilité).

Leyla Zana et Hatip Dicle pourront donc présenter leur candidature à Diyarbakir, Ertuğrul Kürkçü à Mersin, Gülten Kışanak à Siirt, Sabahat Tuncel à Istanbul, et Mehmet Salih Yıldız à Hakkari (comme suppléant). Le BDP présentera donc aux suffrages des électeurs 61 candidats indépendants et pronostique l’élection de 32 à 38 d’entre eux [1].

Par contre, le parti d’extrême gauche O.D.P. Parti de la Liberté et de la Démocratie) [2] n’a pas obtenu la levée d’inéligibilité de ses candidats ; son président, Alper Tas, tout en qualifiant de »positive« la décision prise envers les candidats indépendants, dénonce celle qui est infligée à ceux de son parti : »elle est injuste et illégale".

Cette décision du YSK a fait couler beaucoup d’encre et provoqué la réprobation quasi générale des intellectuels turcs et de la classe politique (y compris quelques députés AKP), sauf, bien entendu, le MHP d’extrême droite ; mais Il a fallu que le sang coule à Bismil, province de Diyarbakir, où la police a tiré à balles réelles sur les manifestants, pour précipiter le rétropédalage de ces onze magistrats, dits indépendants, suspectés néanmoins d’être plus ou moins liés à « l’Etat profond » (l’establishment politico-militaire).

Pour autant, la part de responsabilité du gouvernement turc et de l’AKP, (parti islamo-conservateur majoritaire) est grande, même si le Premier ministre Erdogan tente de minimiser son rôle dans cette affaire ; ses tergiversations pour régler la question kurde ne datent pas d’hier et les petits calculs de basse politique électoraliste ont pris le pas sur une réelle volonté de trouver une issue politique. Erdogan n’est pas de Gaulle.

La décision du Haut conseil électoral (YSK) de renoncer à interdire à des candidats kurdes de participer aux législatives du 12 juin n’arrête pas le mouvement de contestation ; la mobilisation de la rue continue avec son cortège de violences, d’arrestations, de blessés : les manifestations de désobéissance civile, inaugurées avec les grands rassemblements du Newroz? (21 mars : nouvel an kurde), montent en puissance avec le boycott du serment d’allégeance dans les écoles, des grèves de la faim illimitées dans les prisons [3], des forums de discussions, l’ouverture de charniers, des sit-in pour demander des comptes sur les disparus, les procès [4]... Les prisons sont pleines d’élus kurdes, politiques et associatifs, d’avocats, de journalistes [5], d’étudiants... au point de devenir des véritables centres de formation de cadres politiques.

La presse internationale a naguère loué la maturité du peuple tunisien ; ne sous-estimons pas celle du peuple kurde et de ses élus.

André Métayer


[1Le groupe parlementaire BDP, issu des dernières élections, est formé de 20 députés.

[2Fondé en 1996, l’ODP, membre de la Gauche anticapitaliste européenne, a participé aux élections locales de 2009 et a réussi à faire élire un maire : celui de Samandag, ville de 50.000 habitants de la province d’Hatay (qui fut jadis le port d’Antioche).

[3Les détenus des prisons de Diyarbakir de type E et de type F, condamnés pour appartenance réelle ou supposée au PKK, viennent de publier une déclaration écrite annonçant leur décision de poursuivre leur grève de la faim, et ce pour une durée illimitée.

[4La prochaine audience du procès des « 151 » de Diyarbakir aura lieu le 26 avril prochain.

[5Selon les associations professionnelles turques, 68 journalistes sont actuellement emprisonnés en Turquie et 2.000 autres sont visés par des poursuites. 8.000 sites internet ont été , en 2010, « filtrés ou interdits » (source R.S.F.)


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