Quelles solutions pour la reconnaissance de l’identité kurde ?

Entretien avec François ALFONSI, député européen
jeudi 23 juin 2011

André Métayer - François Alfonsi, vous êtes maire d’une charmante petite commune de la Corse du Sud, Osani. Vous êtes membre du Parti de la Nation corse, le PNC, qui milite pour l’autonomie de la Corse, et qui retrouve l’UDB (Union démocratique bretonne) eu sein de la Fédération Régions et Peuples Solidaires (R&PS). vous avez été conseiller territorial de l’Assemblée de Corse et, depuis 2009, vous êtes député européen et siégez au sein du groupe Verts-Alliance Libre Européenne.

Le droit des peuples

François Alfonsi - J’insiste sur ce second versant de notre groupe qui est celui des députés nationalistes écossais, basques, catalans, gallois, flamands, corse, qui siégeons au Parlement européen et essayons d’y mettre en avant évidemment le droit des peuples, le respect des cultures et la valeur de la diversité culturelle dans une société. Car il ne s’agit pas simplement de défendre un peuple et une culture agressés, il s’agit de faire prendre conscience que la diversité des peuples et des cultures, c’est la vraie richesse de l’espace où nous vivons.

André Métayer – Dans cet espace où se côtoient des situations très diverses, l’Europe a engrangé un certain nombre de concepts dont pourrait bénéficier une Turquie qui souhaiterait modifier sa constitution.

François Alfonsi - Oui, bien sur, les concepts fondamentaux, tels que le droit à l’autodétermination, et le droit à des libertés démocratiques fondamentales... Il est inconcevable que des députés, comme ceux du BDP, des gens qui ont été élus démocratiquement, puissent être démis de leurs fonctions pour simple délit d’opinion. De même il est intolérable d’imaginer que l’on puisse avoir des fractions entières d’une population, les Kurdes de Turquie, qui soient privées d’apporter leur soutien par leurs votes aux idées et aux partis politiques qu’ils souhaitent soutenir.

André Métayer – C’est totalement contraire à la réalité de la démocratie européenne.

François Alfonsi - Il est impensable que l’on puisse, au nom d’une raison d’Etat, où que ce soit – ça peut être le cas en France, ça peut être le cas en Espagne, aujourd’hui on a le problème basque, et c’est manifestement le cas en Turquie –, qu’au nom d’une raison d’Etat, qui est toujours une mauvaise raison, on arrive à brimer et à interdire l’expression démocratique des peuples. La valeur essentielle que l’Europe se doit de promouvoir, c’est la valeur de la démocratie, c’est le seul point qui est intangible et qui est infranchissable.

L’Europe se doit d’intervenir

André Métayer – Alors ? Dans le cas de la Turquie ? L’Europe doit-elle intervenir dans le débat intérieur ?

François Alfonsi - La question est posée. Dans le cas de la Turquie, il ne s’agit pas, pour l’Europe, d’une intervention extérieure, comme en Libye ou en Côte d’ivoire, mais d’une intervention intérieure dans la mesure où la Turquie est appelée -ou pourrait être appelée- à devenir un espace européen. Intervenir sur le débat démocratique en Turquie n’est pas un problème d’opportunité, c’est une obligation de l’Union européenne à partir du moment où l’adhésion de la Turquie est inscrite à l’agenda de l’Union européenne.

André Métayer – La négation de la réalité kurde crée un véritable mur d’incompréhensions.

François Alfonsi - Ce mur d’incompréhension n’est pas seulement avec les Kurdes, mais aussi avec les minorités comme celles issues de l’Histoire arménienne. il est entre la vision du gouvernement turc et les aspirations démocratiques des peuples concernés. Il y a 20 ans, Max Simeoni, un député corse, s’était déjà rendu au Kurdistan avec une délégation de députés européens pour protester contre l’incarcération de Madame Leyla Zana - le "prix Sakharov" qui lui a été décerné par l’Europe légitime son action - et 20 ans plus tard, Leyla Zana est toujours poursuivie par la justice pour son expression politique, dans son rôle manifeste de leader démocratique de la revendication du peuple kurde. Ce sont des faits qui sont des marqueurs par rapport à une situation, et qui sont des marqueurs non seulement par leur côté inacceptable, mais du fait que, dans la durée, les choses n’ont pas bougé

Quelles solutions ?

André Métayer – Comment vous, en tant que député européen, pensez-vous pouvoir contribuer à faire tomber ce mur d’incompréhension ?

François Alfonsi - À partir du moment où effectivement il y a un débat sur l’adhésion de la Turquie à l’Europe, cette adhésion suppose, pour ma part et pour les députés qui sont proches de mes idées, le respect d’un certain nombre de principes : le principe de base de la démocratie, de la séparation de la justice et du pouvoir politique, la liberté de la presse, le droit des femmes, et un certain nombre d’autres principes. Le droit des minorités, le droit des peuples et des cultures est au même rang. Aucun de ces droits n’est supérieur à l’autre. On ne peut se mettre d’accord pour accepter les uns et refuser les autres. Ensuite, de la même façon que l’Europe peut faire pression sur le gouvernement turc, il faut que le mouvement kurde aussi se mettre dans cette perspective européenne et démocratique. C’est là un problème central. Aujourd’hui il y a une trêve décrétée unilatéralement par le PKK? : il y a, là, la recherche d’une voie démocratique au Kurdistan : elle doit être encouragée car cette voie démocratique est celle qui met en place des représentants légitimes en tant qu’interlocuteurs. Actuellement nous vivons à l’intérieur des frontières de l’Europe une évolution du problème irlandais dans ce sens. Il y a eu aussi une évolution récente du problème basque qui montre qu’il est important que la revendication soit posée et soit vécue démocratiquement et sans violence, y compris dans la lutte, car une lutte non violente n’est pas forcément une lutte inerte.

André Métayer – Quel peut être le rôle du Parlement européen ?

François Alfonsi - Le Parlement européen est sûrement, dans la construction européenne, le gardien des valeurs démocratiques. En tant élus, nous sommes les « gardiens » du pilier démocratique de l’Union européenne. Alors, combien de temps cela peut-il prendre et comment va-t-on progresser ? La dynamique principale est au Kurdistan même, je dirais, plus qu’en Turquie. C’est dans la façon dont le peuple kurde assume son destin, assume son projet politique et la force qu’il met dans cette démarche d’autodétermination, que son avenir se construira. Au niveau du gouvernement d’Ankara, il y a quelques évolutions, même si elles sont à dose très homéopathique... et réversibles. On sent très bien qu’un discours d’un jour peut être contredit par le discours du lendemain, Mais il y a là une pression permanente qui se fait par le biais de l’Europe, par le biais de la volonté d’intégration européenne de la Turquie. Et c’est là un levier pour l’émancipation du peuple kurde. Je pense que c’est un levier qu’il faut savoir manier et dont l’instrument principal est l’appel au respect des droits démocratiques, au respect des droits des peuples, dont les droits du peuple kurde font partie.


Entretien réalisé à l’issue du Colloque sur la question kurde organisé à Paris, à l’Assemblée Nationale, par la Coordination nationale Solidarité Kurdistan, le 30 mai dernier.


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