Gemlik, point de ralliement des Kurdes

mercredi 12 octobre 2011

Connaissez-vous Gemlik ?

Gemlik est un port de commerce important de Turquie, situé sur les bords de la mer de Marmara, à quelques kilomètres d’un complexe d’équipementiers pour l’industrie automobile et des chaînes de montage des usines Fiat et Renault. C’est le débouché maritime de Bursa, la 4e ville de Turquie.

Gemlik est aussi une ville au passé millénaire, bâtie par les Hittites, peuple de langue indo-européenne, lointains ancêtres des Kurdes, dit-on.

Gemlik fut aussi, pendant des siècles, une ville grecque du nom de Kios avant qu’Atatürk, en 1922, n’expulse 80% de ses habitants dans le cadre d’une purification ethnique.

Gemlik (A) est la ville d’où partent les bateaux que prennent les avocats d’Öcalan pour une traversée de quelques milles qui sépare le continent de l’île-prison d’Imrali (B).


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Gemlik est la ville que les Kurdes devaient rallier depuis Diyarbakir, après un périple de plus de 1 300 km, pour manifester leur détermination à faire aboutir leurs revendications, identitaires, politiques, socio-économiques et pour montrer que les milliers d’arrestations et d’incarcérations ne les feront pas fléchir.

Manifestation interdite à Gemlik

La ville de Gemlik n’a pas été choisie par hasard : il faut y voir la volonté des Kurdes à témoigner de leur attachement au « Président » Abdullah Öcalan emprisonné à vie et considéré comme un interlocuteur incontournable : « Si Öcalan est maintenu en isolement dans l’île d’Imrali, la solution à la question kurde n’a aucune chance d’aboutir » a déclaré Selahattin Demirtaş, co-président du groupe parlementaire du parti pro-kurde BDP (Parti pour la Paix et la Démocratie) et autres partis réunis dans le Bloc.

La réponse de l’Etat turc est venue, brutale comme d’habitude, sous la forme d’une interdiction préfectorale de la Région de Bursa déclarant la manifestation « illégale ». Tous les moyens ont été employés pour rendre impossible tout rassemblement : un impressionnant dispositif de barrages routiers a cerné Gemlik, les cars de manifestants ont été détournés ou stoppés, de nombreuses arrestations ont eu lieu au départ de Van, Hakkari, Diyarbakir, Mersin.

Sit-in de protestation à Diyarbakir : 1 000 emprisonnements en 5 semaines

Un sit-in de protestation a été organisé à Diyarbakir, près de la porte de Dag Kapi, malgré une charge musclée des forces de l’ordre auxquelles les députés présents se sont opposés énergiquement : « quand comprendrez-vous que nous sommes là pour empêcher les désordres, pour protéger les personnes et les biens ? Quand comprendrez-vous que nous faisons ce que vous êtes incapables de faire ? Quand comprendrez-vous que nous assurons votre propre protection ? La paix viendra dans ce pays quand vous comprendrez tout cela ».

Les députés ont tenu également une conférence de presse pour relater les derniers événements et dénoncer une fois encore l’absence de liberté d’expression et de manifestation : la dernière déferlante a conduit plus de mille personnes en prison en cinq semaines.
AKPAR (Parti pour la Droit et la Liberté) témoigne de la solidarité « des partis politiques kurdes, des groupes politiques et des organisations non gouvernementales qui estiment qu’un climat de paix doit être assuré pour trouver une solution à la question kurde et que le processus démocratique en est la clé ». Il accuse le gouvernement d’un manque de lucidité et l’appelle à faire preuve de responsabilité.

André Métayer


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