Scandale à Munich : Faruk, incarcéré, a passé Noël en prison

mardi 27 décembre 2011

Le représentant en Europe du BDP, (Parti pour la Paix et la Démocratie) parti légal pro kurde dont les 36 députés constituent un groupe parlementaire à la « Grande Assemblée » de Turquie, a été arrêté à Munich, le 15 décembre dernier et présenté devant un juge qui lui a signifié sa mise en détention. Il s’agit d’Eyyup Doru - Faruk, pour ses amis - qui, dans le cadre de ses fonctions, raccompagnait une délégation du BDP, dont la députée Leyla Zana, venue de Turquie pour une série d’entretiens en Europe, notamment à Bruxelles, au sein des institutions européennes. Les autorités allemandes ont interpellé E. Doru sur mandat d’interpol émis en 2007 à la demande de la Turquie.

Réfugié statutaire bénéficiant de la protection internationale

Eyyup Doru possède, selon la convention du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, un passeport appelé « titre de voyage », délivré par les autorités françaises, au fronton duquel on peut lire : « article 120 de la constitution du 24 juin de 1793 - le peuple français donne asile aux étrangers bannis de leur patrie pour cause de la liberté. Il le refuse aux tyrans » ; Il est spécifié que ce document autorise Eyyup Doru à se rendre dans tous les pays sauf la Turquie. Les différents pays européens qui l’ont Interpellé l’ont toujours immédiatement relâché, sauf l’Espagne qui, toutefois, l’avait laissé en liberté conditionnelle, le temps que l’Audiencia Nacional déboute la Turquie au motif que ses demandes d’extradition n’étaient nullement probantes ; la Cour espagnole précisait, en outre, qu’Eyyup Doru bénéficiait de la protection internationale conférée par le statut de réfugié statutaire.

Pour autant, Eyyup Doru a été déféré devant un tribunal allemand qui l’a immédiatement fait incarcérer ; il peut rester en détention un long moment avant que la justice fédérale allemande ne se prononce ; la procédure peut, en effet, durer plusieurs mois, la Turquie bénéficiant d’un délai de 40 jours pour envoyer l’acte d’accusation. Eyyup Doru risque l’extradition.

Syndrome munichois

Qui a donc poussé les autorités munichoises à procéder à l’arrestation d’Eyyup Doru dont l’action politique est connue et reconnue dans toute l’Europe ? Le syndrome de Munich devrait hanter les esprits et se souvenir que les « accords » signés à Munich par les gouvernements anglais et français, le 29 septembre 1938, sacrifièrent la Tchécoslovaquie pour « sauver la paix ». Et aujourd’hui ? Ne se prépare-t-on pas à extrader quelques Kurdes vers la Turquie, pour apaiser la colère du futur dictateur Erdogan, au nom de l’intérêt de nos relations économiques, commerciales, diplomatiques et stratégiques ? Qu’allons-nous faire, nous qui nous sommes couverts de honte, dans un passé pas si lointain, en livrant des juifs à la police allemande ? Qu’allons-nous faire après le « vaste accord de coopération sécuritaire » que le ministre Guéant a conclu avec son homologue turc ? Ne prépare-t-on pas l’extradition d’opposants kurdes à la politique réactionnaire du gouvernement turc sous le prétexte fallacieux de la lutte contre le terrorisme ?

L’infatigable militant politique kurde qui sait parler aux Européens

Eyyup Doru est un homme politique kurde qui a vécu en Europe depuis son jeune âge et n’est jamais retourné en Turquie depuis plus de 25 ans.

déclare le communiqué de la représentation du BDP en Europe qui fustige le mandat d’Interpol :

il ne peut s’expliquer dans le cadre de règles de la logique.

Eyyup Doru résidant à Rennes depuis 1998, est très connu et très estimé en Bretagne ; c’est un « juste » qui a tout sacrifié, vie personnelle, vie familiale, vie professionnelle, pour militer en faveur de la cause kurde. Diplômé des universités de Hanovre, de Madrid et de Paris 8, animateur du centre d’information et de coopération kurdo-espagnol, puis du centre kurdo-italien, il fut directeur du centre d’information du Kurdistan de Paris, consultant sur la question kurde auprès des groupes politiques du Parlement européen et expert dans le domaine de la coopération décentralisée et les questions d’immigration. Représentant le BDP, il sillonne, polyglotte, l’Europe, de Copenhague à Lisbonne, de Barcelone à Londres, de Paris à Athènes en passant par Rome, Genève, Vienne et... Munich. « Kurde errant », il tient partout le même discours mesuré et incisif :

les Kurdes soutiennent le processus d’adhésion de la Turquie dans l’Union européenne mais ni la Turquie, ni l’Union européenne ne peuvent ignorer la question kurde dont la résolution passe par la démocratisation de la Turquie et un accord de paix avec le PKK et son leader Abdullah Öcalan.

Discours inacceptable par la Turquie kémaliste et nationaliste d’hier, dirigée par les militaires, discours tout aussi inaccepté par la Turquie islamiste et nationaliste d’aujourd’hui.

Le terrorisme d’Etat

Alors que le gouvernement AKP a fait de la Turquie une prison à ciel ouvert et qu’il a emprisonné plus de cinq mille responsables politiques kurdes, l’arrestation de M. Doru montre qu’on veut faire subir le même sort à ceux qui se sont exilés à l’étranger ; elle démontre aussi qu’on tente d’éliminer notre parti, en Europe comme en Turquie, et d’étrangler la liberté d’expression

déclare le BDP.

36 journalistes et collaborateurs des medias, sur les 49 qui ont comparu devant la 9° Cour d’assises d’Istanbul, les 23 et 24 décembre derniers, ont été écroués, ce qui porte à plus de 100 le nombre de journalistes actuellement en prison. Thomas Hammarberg, commissaire aux droits de l’homme à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, a exprimé sa préoccupation sur la situation de la presse :

L’influence du pouvoir politique sur les médias est préoccupante" [...] les procès sont très lourds, les preuves très faibles [...] la Turquie se dirige vers un régime de parti unique.

Réactions

La sénatrice communiste des Hauts-de-Seine, Mme Brigitte GONTHIER-MAURIN, a tenu à faire part de sa préoccupation concernant l’arrestation d’Eyyup Doru qui

a toujours prôné, lors de ses contacts avec les représentants de forces politiques ou institutionnelles françaises ou européennes, le dialogue et une solution pacifique à la question kurde [...] son arrestation intervient dans un contexte de répression accrue en Turquie à l’encontre de celles et ceux qui prônent une approche humaine de la question kurde. [...] Dans ces conditions, l’arrestation de Monsieur Eyyup Doru est un mauvais signe pour la démocratie.

Pierre LAURENT, Président du Parti de la gauche européenne (PGE) est également intervenu auprès du gouvernement allemand, tenant à souligner que Monsieur Doru, qu’il a rencontré plusieurs fois, s’est toujours prononcé un traitement politique de la question kurde alors même que la situation en Turquie se tend considérablement et que les violences se multiplient contre la population kurde.

Dans ce contexte, il est très inquiétant qu’une personnalité pacifiste [comme M. Doru] puisse être arrêtée ainsi, voire extradée si la requête de la Turquie n’était pas déboutée. Cela risque de compromettre effectivement une sortie par le haut de ce conflit qui a déjà trop duré.

Marie Christine VERGIAT, députée européenne (PGE) témoigne :

M. Doru travaille comme « ambassadeur » auprès de l’Europe pour le Parti Paix et Démocratie (BDP) des Kurdes de Turquie. Il est régulièrement invité comme intervenant dans les conférences qui se tiennent au Parlement européen et à l’extérieur. Il travaille comme coordinateur pour le groupe de travail « Kurdes » du Parlement européen et est fortement engagé pour favoriser la démocratisation en Turquie et trouver une solution pacifique à ce qu’on appelle dans ce pays le « conflit kurde » [...] En tant que de députée européenne, je travaille avec M. Doru depuis plusieurs années. Je le connais et le considère comme une personne de confiance et sincère et je peux témoigner personnellement de ses profondes convictions pacifistes et démocratiques.

Daniel DELAVEAU, maire de Rennes, dans un courrier adressé au maire de Diyarbakir, Osman Baydemir, fait part de son inquiétude et assure son homologue de sa solidarité face à la nouvelle vague d’arrestations qui a frappé une centaine de personnalités kurdes depuis la fin du mois de novembre, en majorité des avocats et des journalistes, mais aussi des élus de différentes collectivités, dont des maires et conseillers d’arrondissement de Diyarbakir :

ces arrestations sont préjudiciables à un règlement politique de la question kurde, auquel aspirent les démocrates amis de la Turquie.

La Ville de Rennes est engagée, dans le cadre de la coopération décentralisée, dans une opération de rénovation urbaine d’un quartier de Diyarbakir.

André Métayer


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