Büsra Ersanli reste en prison

dimanche 15 avril 2012

Dans la même rafle d’octobre 2011, le professeur Büşra Ersanlı, experte en droit constitutionnel et membre du Parti pour la paix et la démocratie (BDP), était interpellée avec des dizaines d’autres kurdes. Les motifs évoqués - sa participation à l’université d’été du BDP et ses travaux de constitutionnaliste - semblent futiles. Par contre Büsra Ersanlı est l’une des premières intellectuelles turques à aborder de front un sujet extrêmement sensible avec sa thèse, soutenue en 1989 à la très célèbre université du Bosphore d’Istanbul, sous le titre « The Turkish History Thesis : a Cultural Dimension of the Kemalist Revolution », qui met en pièce l’histoire officielle tout à la glorification du peuple turc, telle qu’elle est enseignée dans les manuels scolaires encore aujourd’hui. On pourrait s’en étonner alors que le gouvernement du parti islamiste AKP a mis au pas les militaires kémalistes et que s’est ouvert, ce mois-ci, le procès du général Kenan Evren, président de la Turquie de 1982 à 1989, instigateur du coup d’Etat militaire du 12 septembre 1980 et jugé pour « crimes contre l’Etat ». Mais ce procès cache mal les ambitions de l’homme fort du moment, RT Erdogan :

Ce procès est un leurre, l’AKP est un gouvernement militaire avec un déguisement islamique, c’est un gouvernement type 12 septembre [1980]"

déclare Aysel Tugluk, co-présidente du DTK (Congrès pour une Société démocratique). Rappelons ici que le DTK est une assemblée qui rassemble tous les élus issus des rangs du BDP - c’est-à-dire les députés, les maires, les conseillers municipaux et provinciaux - mais aussi des présidents d’organisations civiles ou religieuses, des journalistes, des écrivains… et qui a élu triomphalement comme co-présidents Ahmet Türk et Aysel Tugluk, tous deux députés déchus de leur mandat et bannis de la vie politique pour cinq ans par une décision inique de la Cour Constitutionnelle.

L’impossible interview réalisée en prison

Détenues dans la même prison de Bakırköy à Istanbul, Zeynep Kuray et Busra Ersanlı partagent le même sort, accusées l’une et l’autre d’avoir des liens avec l’Union des communautés du Kurdistan (KCK). Zeynep Kuray est journaliste au quotidien de gauche Birgün fondé en 2004 par un groupe d’intellectuels turcs, plutôt proches du parti ODP (Parti de la Liberté et de la Solidarité), membre de la Gauche anticapitaliste européenne. Ce n’est donc ni à Paris, ni à Moscou, ni à Londres qu’a été réalisée l’interview du professeur Ersanlı, connue internationalement, mais dans un lieu d’enfermement d’où il est difficile de se faire entendre sans risquer des sanctions disciplinaires.

Busra Ersanlı n’est pas du genre à se laisser intimider :

On m’a interrogée sur les cours que j’ai donnés dans le cadre de l’Académie du BDP. J’ai répondu que j’ai parlé de la culture politique, du système politique, des partis politiques en Turquie. Toutes ces questions sont déjà traitées dans mon livre publié par « Kadın Dernegi », une association qui soutient et prépare les femmes candidates en politique. Quel rapport avec ’le séparatisme’ ou ’la rébellion’ ? Quel rapport avec le KCK ?

Zeynep Kuray : pourquoi, selon vous, a-t-on emprisonné des professeurs comme vous, des défenseurs des droits humains, des avocats, des politiciens et des journalistes dans le cadre des opérations anti-KCK ?

Nous avons été pris en otage lorsqu’ont été rompues les négociations [entre Öcalan et les émissaires du gouvernement] suite aux divergences entre divers services de l’Etat. Mais ni le BDP, ni moi-même, n’avons quelque chose à voir en cela. La solution au problème kurde se trouve dans la conduite d’un dialogue. C’est pourquoi je milite au sein du BDP.

Zeynep Kuray : et vos conférences ?

Je donne des conférences depuis de nombreuses années dans une vingtaine de villes de Turquie devant un public venant de tout horizon politique. Ma volonté est claire : participer à une opposition alternative avec le BDP pour une solution pacifique. Je m’oppose à toutes les injustices et il n’est pas dans ma nature d’appuyer de l’extérieur une lutte pour la vérité ; il est au contraire dans mon personnage d’y prendre part. Je suis par principe là où les femmes, les Kurdes, les Alévis, les ouvriers sont côte à côte pour défendre leurs droits que leur donnent Dame Nature et l’Histoire.

Zeynep Kuray : pensez-vous qu’une solution pour la question kurde est difficile à trouver ?

La question est occultée depuis 40 ans et c’est ça le problème ! Comment la Turquie peut-elle reconnaître aux Kurdes des droits culturels et politiques alors qu’ils sont exclus des livres d’histoire de ce pays ? La question se pose encore à ce niveau. C’est un problème d’éducation. La mentalité ne change pas parce que ni l’enseignement scolaire, ni l’organisation du travail, ni les medias ne forment les esprits à l’égalité et au partage.

André Métayer


Photo ANF


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