La question kurde : le M.A.E s’aligne sur la position liberticide du gouvernement turc

vendredi 7 décembre 2012
par  Amitiés kurdes de Bretagne

« La résolution de la question kurde, envisagée par l’AKP en 2008 lors d’une manquée, demeure centrale mais apparait actuellement hors de portée avec la recrudescence des attentats meurtriers du PKK et des affrontements avec l’armée, et avec la crise syrienne, qui fait craindre que le nord de la Syrie puisse jouer un rôle de sanctuaire pour le PKK. L’intensification de la lutte contre le terrorisme conduit par ailleurs les ONG de défense des droits de l’homme à dénoncer l’emprisonnement de nombreux journalistes, avocats et étudiants, accusés de collusion avec le terrorisme, et crée un climat peu propice à une résolution de la question kurde » peut-on lire sur le site officiel du M.A.E., ministère des Affaires étrangères http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo/turquie/presentation-de-la-turquie/article/presentation-1139
La diplomatie française ne consacre que quelques lignes à la question kurde mais, en ne l’abordant que sous l’angle du terrorisme responsable du blocage des négociations, elle s’aligne totalement sur la position liberticide du gouvernement islamo-conservateur de l’AKP.

Le changement dans la continuité

Le M.A.E. feint d’ignorer les propositions concrètes du parti pro kurde légal, le BDP (membre du PSE et de l’Internationale socialiste) pour résoudre politiquement le conflit, comme il feint de ne pas connaître les offres du leader kurde emprisonné, Abdullah Öcalan, qui est le seul à pouvoir imposer la paix des armes, conditions sine qua non pour ouvrir de vraies négociations. L’appréciation portée sur les conséquences des pressions exercées par les mouvements et associations démocratiques est quelque peu ambiguë et un brin perfide : le M.A.E. laisse entendre qu’en dénonçant l’emprisonnement de nombreux journalistes, avocats et étudiants, accusés de collusion avec le terrorisme, les ONG de défense des droits de l’homme participeraient à la mise en place d’un climat peu propice à une résolution de la question kurde. Comment peut-on encore parler de terroristes quand une résistance armée est soutenue par tout un peuple ? Ça rappellera aux plus anciens d’entre nous des heures sombres de notre histoire.
Avec le changement de gouvernement, on espérait qu’un infléchissement de la position française prendrait en compte les aspirations légitimes du peuple kurde. Nenni, c’est, comme le précise encore, le 5 novembre dernier, le ministre délégué chargé des Affaires européennes, Bernard Cazeneuve, à son homologue turc Alaattin Büyükkaya, la continuité de la politique du gouvernement précédent qui prévaut :
« ... coopération en matière de lutte contre le terrorisme : la France a mené plusieurs actions policières et judicaires contre le PKK sur son territoire. La signature d’un accord de sécurité franco-turc le 7 octobre 2011 à Ankara, à l’occasion de la visite du ministre de l’intérieur, a constitué une avancée importante » http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo/turquie/la-france-et-la-turquie/
7 militants kurdes sont encore aujourd’hui détenus dans les prisons françaises.

Le Kurdistan occidental (syrien) agité comme un chiffon rouge

Nous n’avons pas oublié le temps où Erdogan et Bachar al Assad pratiquaient, chacun à sa manière, la même politique répressive antikurde et passaient leurs vacances ensemble, en famille. A cette époque Bachar al-Assad était l’invité à notre fête nationale et la diplomatie turque avait pour slogan : « zéro problème avec les voisins ». Mais le vent a tourné et Bachar le syrien est devenu l’homme « qui ne mériterait pas d’être sur la Terre » (Laurent Fabius). Quant à la politique étrangère turque, elle est plutôt caractérisée par « zéro voisin avec lequel on n’a pas de problèmes ». Il fallait donc réagir et la crise syrienne est arrivée à point nommé pour donner l’occasion à R.T. Erdogan de rebondir en saisissant l’opportunité d’accueillir à Istanbul le Conseil national syrien (CNS). Ce coup politique lui a permis de devenir le partenaire incontournable des Occidentaux et d’exporter sa politique répressive antikurde au delà des frontières de son pays. Sa première victoire fut d’empêcher le CNS de faire la concession majeure aux 3 millions de Kurdes syriens qui demandaient que la République arabe syrienne s’appelle désormais « République syrienne ». Sa deuxième victoire est d’avoir obtenu de l’OTAN l’installation à la frontière turco-syrienne de missiles Patriot qui vont lui donner la maitrise du ciel et toute latitude pour attaquer les kurdes syriens, présumés terroristes. Non, le Kurdistan occidental (syrien) n’a pas vocation à jouer un rôle de « sanctuaire pour terroriste », c’est exactement l’inverse : c’est la seule région qui, grâce à ses unités d’auto défense, a évité tout affrontement. Elle est respectée jusqu’aujourd’hui par l’ASL (Armée syrienne libre). Par contre les dernières attaques (repoussées) des bandes armées djahistes et salafistes venues du « nord » (Turquie) font peser de lourds soupçons sur le gouvernement AKP de Turquie fortement suspecté de vouloir déstabiliser cette région. L’inquiétude est grande.

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Les Kurdes ont-ils droit à un Etat ?

La diplomatie française joue encore avec le feu : à vouloir ignorer le droit des peuples en échange d’une balance commerciale flatteuse et quelques contrats juteux, ne risque-t-elle pas de tout perdre, y compris l’honneur ? Comment peut-on ignorer, d’un simple point de vue stratégique, que les Kurdes de Turquie, d’Irak, d’Iran, de Syrie, forment un peuple de 40 millions de personnes sur un territoire d’un seul tenant, séparé par les lignes de frontière arbitraires imaginées par les Anglais et les Français au temps où ils se partageaient le Moyen Orient. Bien sûr la question de la réunification d’un grand Kurdistan n’est pas à l’ordre du jour et chaque Kurdistan a ses propres revendications identitaires au sein des Etats où ils sont rattachés mais la question est posée : « Les Kurdes ont-ils droit à un Etat ? On dit d’eux qu’ils sont la plus grande nation sans État. Dans un Moyen-Orient en proie à de nombreux soubresauts politiques, la question kurde est plus que jamais cruciale » (introduction au débat sur http://www.newsring.fr/ ). Au Moyen Orient, les choses peuvent aller très vite.

André Métayer

La carte du « Grand Kurdistan » est extraite du livre « Kurdistan, La colère d’un peuple sans droits » d’Olivier Piot et de Julien Goldstein, avec l’aimable autorisation des éditions « les petits matins ».


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