Comment sortir du bourbier irakien ?

André Métayer
dimanche 10 décembre 2006
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Près de 3 000 Américains sont morts au combat dans le bourbier irakien depuis mars 2003 et Sara Daniel imagine, dans le Nouvel Observateur, six scénarios pour sortir de ce que les Américains même reconnaissent comme un terrible échec.

Scénario 1 : garder le cap : Il s’agit de maintenir la présence des 140 000 soldats américains jusqu’à ce que l’armée et la police irakiennes soient en mesure de prendre le relais. Ce scénario, défendu par Bush et Cheney, est soutenu par ceux qui s’inquiètent de la montée en puissance de l’Iran, mais suscite l’hostilité de ceux qui font observer que cette stratégie a vu l’Irak s’enfoncer dans le chaos.

Scénario 2 : renforcer les effectifs : beaucoup de généraux pensent aujourd’hui que le nombre de soldats américains envoyés en Irak est très insuffisant. John McCain, le sénateur républicain, probable candidat à la prochaine élection présidentielle, demande qu’on envoie 20 000 hommes supplémentaires pour pacifier Bagdad et l’ouest de la ville. Un Américain sur sept seulement partage cet avis.

Scénario 3 : sauve qui peut ! : quitter l’Irak dans un délai de quatre à six mois, c’est l’option des militants pacifistes et de la star montante du Parti démocrate, le sénateur Barack Obama, mais le départ des Américains - les hommes politiques irakiens sont les premiers à le reconnaître – aurait pour conséquence une augmentation de la violence, consacrant par la même la suprématie des Chiites et le recul des valeurs démocratiques, en ce qui concerne, notamment, l’égalité des sexes et la promotion de la femme.

Scénario 4 : retrait graduel et dialogue avec l’ennemi (Iran et Syrie) : c’est le scénario défendu par le groupe d’études sur l’Irak présidé par l’ancien secrétaire d’Etat James Baker, qui suscite beaucoup de critiques de la part des Kurdes irakiens et des Américains Dick Cheney et G.W Bush qui pensent qu’il est très naïf de croire que ces pays pourraient contribuer à la stabilisation de l’Irak, alors que, seul, le chaos actuel les garantit contre une intervention américaine ! La situation irakienne est, d’autre part, tellement incontrôlable qu’il serait illusoire de penser que l’Iran ou la Syrie pourraient arrêter la spirale de la guerre civile.

Scénario 5 : le putsch des généraux : C’est, pour certains néo conservateurs comme Eliot Cohen, la solution la plus réaliste, face à une situation désespérée dans un pays dirigé par un gouvernement incompétent dont les ministres sont les jouets des différents partis, aux mains de milices composées de bandits. Une junte militaire moderne, s’appuyant sur le nationalisme irakien, constituerait un espoir dans un pays qui n’a pas de culture démocratique. Le « hic » est qu’on voit mal comment les généraux pourraient mettre au pas les milices qui se sont largement infiltrées dans l’armée et la police.

Scénario 6 : la partition : C’est la solution proposée par Peter W. Galbraith, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Croatie. Selon lui, alors que le pays est déjà divisé en trois groupes - Kurdes, Sunnites et Chiites, seule une partition permettrait de mettre fin à la guerre civile. Mais, Thomas Friedman, éditorialiste au « New York Times » n’y croit pas car la guerre n’est pas seulement entre Sunnites et Chiites mais entre factions chiites mêmes qui se battent entre elles et parfois, à l’intérieur d’une même milice, sans compter que deux des villes principales du pays, Bagdad et Mossoul, sont multiconfessionnelles et que les quartiers mêmes n’y sont pas homogènes.

Sara Daniel conclut que l’option qui sera adoptée par le gouvernement américain sera forcément mauvaise et aura des répercussions dans tout le Moyen-Orient, assurément, mais aussi pour les Américains, les Arabes et les Européens.

Il est surprenant qu’aucun scénario, même le 6° qui évoque la partition, ne prenne en considération les 70 millions de Turcs, les 35 millions de Kurdes, l’Etat d’Israël et le problème palestinien.

Cette analyse de Sara Daniel, intéressante mais incomplète, montre bien qu’il n’y a pas de solution au « bourbier irakien », dans lequel la responsabilité américaine est écrasante, sans une négociation globale des questions posées au Moyen Orient, parmi lesquelles se trouve la question kurde.

La Turquie, si elle ne veut pas se trouver hors jeu, aurait intérêt à enclencher, à marches forcées, les réformes constitutionnelles qui s’imposent, à régler ses contentieux par la voie démocratique avec Chypre et entamer des négociations sérieuses avec les représentants du peuple kurde qui demande la reconnaissance de ses droits culturels et politiques.


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