Un plan « B » pour les Kurdes

André Métayer
dimanche 19 novembre 2006
par  Amitiés kurdes de Bretagne

J’ai fait un rêve : je suis dans le bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, alors que George W. Bush reçoit le Président du Kurdistan irakien, le Kurde Massoud Barzani.

Bush - my dear Massoud, il faut se rendre à l’évidence, we are in the shit et il nous faut sortir de ce bourbier irakien, la tête haute pour continuer notre combat contre l’axe du mal : Al-Qaïda, les talibans, l’Arabe wahhabite islamiste sunnite Oussama Ben Laden, mais aussi le Persan chiite fondamentaliste Mahmoud Ahmadinejad… tout en préservant nos intérêts stratégiques et notamment la route du pétrole irakien.
Barzani - Le pétrole de Kirkuk n’est pas irakien : il est kurde !
Bush - alors décrétons un Kurdistan indépendant !
Barzani - un Kurdistan indépendant cerné de toute part par de puissants voisins comme l’Iran, la Syrie, la Turquie et les sunnites de Bagdad, c’est suicidaire sans un appui durable américain.
Bush - nous avons un plan « B » pour stabiliser le Moyen orient qui passe par la réconciliation de deux frères, aujourd’hui ennemis : les Kurdes et les Turcs.
Barzani – que faites-vous du PKK ?
Bush - nous ne pouvons pas reconnaître le PKK comme interlocuteur privilégié…
Barzani - parce que terroriste !
Bush - non, parce que marxiste, ou réputé comme tel, donc persona non grata, non seulement pour les Américains mais aussi pour les Européens, qu’ils soient libéraux ou socio-démocrates. Ceci dit... le PKK… autour d’une table… mêlés à d’autres interlocuteurs... sous votre autorité... pourquoi pas !

La suite de la conversation devient inaudible… l’image se brouille et je suis de nouveau dans le bureau ovale de George W. Bush qui reçoit un autre visiteur : il s’agit Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan.

Erdoğan - Monsieur le Président, nous voulons la peau du PKK.
Bush - …et le pétrole de Kirkuk.
Erdoğan - oui, et le pétrole de Kirkuk.
Bush - alors il faut négocier la paix avec les Kurdes ! You can’t have the butter and the money of the butter !
Erdoğan - mais ce sont des terroristes !
Bush - combien de chefs d’Etat d’aujourd’hui ont été, hier, qualifiés de terroristes ? Soyons sérieux : nous avons un plan pour stabiliser le Moyen-Orient et je vous fais une offre que vous ne pouvez refuser, celle de devenir « the » puissance du Moyen-Orient, quel que soit par ailleurs votre statut de membre de l’Union européenne à part entière ou de partenaire associé : vous serez là pour garantir la paix et la prospérité. Le Moyen-Orient a besoin d’une grande Turquie qui a un pied en Europe et qui s’étendra jusqu’aux frontières de la Perse.
Erdoğan - que faites-vous du PKK ?
Bush - les Kurdes sont IN-CON-TOUR-NA-BLES et on ne peut éradiquer le PKK sans prendre le risque d’embraser tout le Moyen-Orient. Nous avons déjà assez à faire avec le Hamas, le Hezbollah, les talibans, les anciens baasistes, les Chiites de Moktada Sadr, sans parler des Etats voyous du Moyen Orient… et d’ailleurs ! Le PKK, sans lequel il n’y aura pas de paix en Turquie, est influent en Irak mais aussi, ne l’oubliez pas, auprès des 8 millions de Kurdes « iraniens », avec sa branche armée, le PJAK? (Parti pour une Vie Libre au Kurdistan), une véritable épine dans le pied de la République islamique d’Iran ! Non, croyez– moi, il faut négocier la paix avec le PKK et faire avec les Kurdes la « Grande Turquie » qui jouera le rôle de gardien de nos valeurs et de nos ressources énergétiques… à Kirkuk, bien sûr, et même ailleurs.
Erdoğan - les Kurdes seront réticents.
Bush - à vous d’être convaincants et de faire les concessions nécessaires. Négociez avec Öcalan.
Erdoğan - et l’Irak.
Bush - l’Irak ? C’est aujourd’hui un pays virtuel ! Les Kurdes irakiens étaient favorables à une République fédérale irakienne. A vous de les convaincre de faire une République fédérale avec la Turquie ! Une sorte de confédération « helvétique » kurdo- turque.
Erdoğan - l’armée turque sera réticente.
Bush – mais vous aurez avec vous les forces économiques et intellectuelles, les partis europhiles, le soutien discret de l’Union européenne… et l’appui des Etats-Unis !
Erdoğan - restera à convaincre l’opinion publique turque.
Bush – là, je vous fais confiance : quand le Pouvoir arrive à contrôler les médias comme en Turquie, il a les moyens de préparer les esprits à cette formidable opportunité.

Sentant que l’entretien touchait à sa fin, je me suis retiré sur la pointe de l’oreiller.

Oui, j’avais rêvé : la confédération kurdo-turque, à la mode helvétique, n’existe pas encore ! Le modèle suisse ne s’est jamais encore exporté (et la Suisse normande, nichée quelque part dans la vallée de l’Orne, ne doit son nom qu’à la douceur de ses paysages et non à des dispositions constitutionnelles). Ce qui semble évident c’est qu’on ne peut pas résoudre la crise irakienne sans s’attaquer à l’ensemble des problèmes régionaux et on dit que, loin des effets d’annonce et des rodomontades de circonstance, la diplomatie secrète avance, mais personne ne le sait puisqu’elle est secrète ! Un plan « B » quoi ! « B » comme Bush, Barzani ou Blair !

Tony Blair, lui, rapporte Bernard Guetta, pense qu’il faut commencer par le plus passionnel d’entre eux, la Palestine, enchaîner sur le Liban, parler avec la Syrie et n’aborder l’Iran, et donc l’Irak, qu’une fois le terrain déminé. Curieusement, il ne fait mention ni de la Turquie, ni des 35 millions de Kurdes, à la différence de Piotr Romanov, de RIA Novosti - l’une des plus importante agences de presse de Russie - qui écrit, le 5 septembre dernier, que parmi les nations représentées aujourd’hui à l’ONU, rares sont celles qui pourraient se vanter d’une histoire, évoquée déjà par les Egyptiens, les Babyloniens, les Sumériens, les Assyriens et les Ourartéens, aussi ancienne que celle des Kurdes, à qui ils ne manquent qu’une seule chose : un Etat à eux.

Ils sont nombreux, déclare ce commentateur souvent « politiquement incorrect », entre 20 et 30 millions de personnes selon les différentes données. Il ne leur manque qu’une chose, ce dont disposent même les îlots les plus reculés du Pacifique : un Etat à eux.

Et de conclure :

le problème kurde apparaît donc si complexe et si explosif que la communauté internationale préfère garder les yeux fermés. Les amateurs d’échecs connaissent des situations où un pion se retrouve au centre de l’échiquier, coincé au milieu d’autres pièces au point que les joueurs ne peuvent se résoudre à le toucher, par crainte de briser l’équilibre et de plonger dans l’imprévisible. Le dossier kurde est aussi une sorte de « pion intouchable ».

Pion intouchable ? La partie d’échecs ne fait que commencer.


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