Pourquoi Fabius répond-il au MRAP que rien ne justifie la dénonciation de l’accord sécuritaire signé avec la Turquie ?

mardi 30 avril 2013
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples) avait demandé au ministre des Affaires étrangères de dénoncer l’accord sécuritaire signé par Claude Guéant :

la France doit redevenir la patrie des droits de l’Homme : la coopération avec un Etat dans la répression d’un peuple, la coopération avec un gouvernement qui pratique des milliers d’arrestations d’élus, de journalistes, d’intellectuels, d’avocats, n’est pas digne d’un gouvernement de gauche. L’honneur de la France serait de contribuer à ce qu’une solution politique soit trouvée à la question kurde, solution qui ne peut passer que par des négociations entre le gouvernement turc et les représentants du peuple kurde, en particulier Monsieur Abdullah Ocalan. C’est la volonté du peuple kurde. C’est ce combat pour une solution politique que menaient Fidan Dogan (Rojbin), Sakine Cansiz, Leyla Soylemez, les trois femmes assassinées et que le gouvernement turc assimilait à des « terroristes ». On voit de quel côté se trouvent les terroristes : ce sont leurs assassins.

Vrai comme que de la fausse monnaie

Dans sa réponse, Laurent Fabius estime que

cet accord constitue un développement nécessaire et légitime, notamment face aux exactions commises par le parti des travailleurs du Kurdistan (PKK?), organisation qui figure dans la liste des organisations terroristes de l’Union européenne. Je précise qu’à cet égard que l’accord n’est pas encore ratifié mais que rien ne justifierait sa dénonciation.

Il va plus loin encore dans son obstination à ne pas voir, à ne pas entendre, à ne pas comprendre :

notre pays est également attaché à la liberté d’expression des mouvements politiques qui respectent la légalité. A cet égard, il est important que les représentants élus des populations d’origine kurde conservent leurs distances avec la violence terroriste, pour demeurer des interlocuteurs crédibles dans la recherche d’une solution pacifique et durable.

Les bras m’en tombent ! Même si Laurent Fabius et ses conseillers ne sont jamais allés à Roboski (Uludere) ou Çukurca, ni même à Diyarbakir, ils savent parfaitement que les manquements élémentaires aux pratiques démocratiques sont autant de violences d’Etat qu’il est nécessaire de dénoncer avant d’en accabler les victimes.

Pour n’avoir pas su prendre à temps ses distances avec un pouvoir tunisien totalitaire, Mme Alliot-Marie s’était ridiculisée en proposant à son ami Ben Ali le savoir-faire français pour "régler les situations sécuritaires". Son successeur devrait y réfléchir, notamment dans la période actuelle où l’heure est plus à la négociation qu’à la confrontation, plus à la reconnaissance d’interlocuteurs crédibles qu’à la stigmatisation de ses adversaires.

Trouble et consternation

Les associations amies du peuple kurde, regroupées dans la Coordination nationale Solidarité Kurdistan (CNSK) ont exprimé collectivement leur trouble et leur consternation. Dans une lettre circonstanciée

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, Joël Dutto, au nom de la CNSK, réfute l’expression "exactions du PKK", une affirmation "gratuite et sans fondement" : ce n’est quand même pas le PKK qui a fait raser 4 000 villages, miner les champs et terres agricoles, détruire les cheptels, torturer, assassiner, enlever et faire disparaître des milliers de citoyens kurdes au prétexte qu’ils seraient coupables de sympathie avec la résistance ! Et que dire des armes chimiques employées par l’armée turque ?

Joël Dutto, conseiller municipal et communautaire de Marseille, conseiller général honoraire des Bouches-du-Rhône, prend également la défense des élus kurdes qui devraient, selon notre ministre, se "démarquer de la violence, s’ils veulent garder une légitimité supposée" ! Quelle injure pour les milliers de détenus politiques dont 6 député(e)s, 26 maires, des centaines d’élu(e)s, adjoints aux maires, conseillers municipaux, présidents de régions, tous tenant leur légitimité des urnes, ce que Laurent Fabius semble mettre en doute !

Pour la CNSK,

vous ne pouvez non plus méconnaitre le fait qu’au delà des élu(e)s, des dizaines de journalistes, d’avocats, de syndicalistes, de défenseurs des Droits de l’Homme croupissent en prison dans l’attente de procès ou ont été condamné(e)s à de lourdes peines de prison sur le fondement d’un Code pénal dans lequel prévaut une notion du « terrorisme » très éloignée des standards des pays démocratiques.

A titre d’exemple, en vertu de l’art. 215 du Code, écrire "Sayin (Monsieur) Öcalan" peut vous conduire en prison.

La pression turque sur la diplomatie française

Parmi les pressions qui pèsent sur la ligne politique de la diplomatie française, celle induite par la situation économique est sans doute la plus forte et, à cet égard, la Turquie ne se montre pas moins exigeante depuis que les relations franco turques ont été relancées après la rencontre du 20 juin dernier, en marge du Sommet de Rio, entre le Premier ministre de la République de Turquie et le Président de la République française. Depuis, la diplomatie turque s’impatiente. On peut ainsi lire dans Zaman, journal turc de tendance islamiste et conservatrice pro-gouvernementale :

même si le gouvernement français fait des gestes pour relancer les négociations d’adhésion turque à l’UE, l’indécision de François Hollande sur le sujet de la pénalisation du génocide arménien précarise ce processus de réchauffement... Il faudrait que François Hollande explique très clairement quelle est son attitude. Il ne s’agit pas seulement d’un choix politique pour M. Hollande mais aussi économique.

Le mot est lâché. Et Zaman enfonce le clou :

la France est en pôle position pour un contrat de 17 milliards d’euros pour la centrale nucléaire à Sinop. Les industriels français sont très actifs aussi dans le domaine de l’énergie renouvelable, les transports publics et le secteur de l’automobile. Aussi, les entreprises françaises comme Ankara attendent une décision définitive de la part de l’Élysée sur cette question.

Ce qui vaut pour la question arménienne vaut évidemment pour la question kurde.

Monsieur le Ministre, conclut Joël Dutto au nom de la CNSK, nous sommes consternés de constater que votre position ne se différencie nullement de celle de votre prédécesseur qui, en la matière, privilégiait les contrats économiques aux respects des Droits de l’Homme. Nous pensions que, sous votre impulsion, la diplomatie française aurait marqué davantage son attention sur le respect des droits humains et des minorités partout dans le monde et en particulier envers les pays avec lesquels la France souhaite amplifier ses relations.

Laurent Fabius nous assure par ailleurs que, s’agissant "du crime inqualifiable perpétré à Paris le 9 janvier contre trois militantes kurdes, les autorités françaises sont déterminées à faire toute la lumière". Même si la responsabilité des autorités ou des services turcs est engagée et qu’un marché de 17 milliards d’euros est en cours de négociations ?

André Métayer


Photo : conférence de presse de Joël Dutto, entouré d’une délégation de la CNSK, devant le palais de justice de Diyarbakir le 18 octobre 2010, à l’issue de 1re séance de la 6e Cour d’assises, devant laquelle ont été traduits 151 élus kurdes présumés coupables. Le procès est toujours en cours et les prévenus toujours détenus.


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