L’IHD dénonce les exactions des directeurs de prison et des protecteurs de village

vendredi 17 mai 2013
par  Amitiés kurdes de Bretagne

C’est en 1986 que l’Association de Défense des Droits de l’Homme (IHD) a été créée à Ankara, à la suite d’une recrudescence de faits de maltraitance sur les prisonniers politiques, rappelle Raci Bilici, Président de la branche de Diyarbakir, au début de l’entretien qu’il a accordé le 29 avril 2013 à la délégation des Amitiés kurdes de Bretagne. Tout en pointant les responsabilités de l’Europe dans la continuité de cette guerre qui perdure dans la région, il souhaite la bienvenue à la délégation dont il apprécie la démarche :

il est important pour nous, les Kurdes, d’avoir des amis car notre peuple, qui est un grand peuple, reste un peuple opprimé, sans État. Il a fallu attendre le 21 mars 2013 pour voir la situation évoluer positivement. Jusqu’à cette date, comme dans chaque conflit, les Droits de l’Homme étaient bafoués mais, depuis l’appel d’Abdullah Öcalan, le cessez-le-feu est respecté. Il n’y pas d’affrontements, il n’y a pas de morts. Il faut néanmoins rester vigilant et surveiller l’évolution du processus.

Au moment même où se déroulait la rencontre, une vingtaine de détenus politiques kurdes de la prison de Tekirdag, près d’Edirne (à l’ouest d’Istanbul) entamaient leur 37e jour de grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention exécrables et contre le fait de les tenir éloignés de leurs familles :

ces grèves de la faim ne sont pas isolées mais aucunement médiatisées en Occident. Elles sont le témoignage d’une dérive de l’État turc et de son ministère de l’intérieur qui laissent les directeurs de prison agir selon leur bon vouloir. La plus radicale des sanctions qu’ils appliquent est le transfert des détenus loin de leurs familles, sans parler des tabassages auxquels sont soumis les détenus lors de ces mêmes transferts. Les gardiens et les directeurs de prisons considèrent les prisonniers politiques comme des ennemis de l’État. Ils les incarcèrent automatiquement en cellule de type F (isolement complet) où leurs droits les plus fondamentaux sont bafoués.

Raci Bilici rappelle également que les droits des mineurs sont de moins en moins respectés :

ils ne devraient pas aller en prison mais devraient plutôt être accueillis dans des maisons spécialisées. Les mauvais traitements qu’ils subissent poussent certains jusqu’au suicide, à moins qu’ils ne les décident à "partir à la montagne" (rejoindre la guérilla).

Le directeur de la branche de l’IHD de Diyarbakir cite des chiffres pour la seule année 2012 : 6 enfants ont péri dans des affrontements, 7 ont été tués par l’explosion de mines anti-personnelles, 2 sont décédés d’une « mort suspecte, » 20 se sont suicidés, 11 ont été victimes d’assassinats dans leurs familles et 9 sont décédés à la suite de harcèlements et de violences sexuelles, soit un total de 55 victimes.

Un changement radical du système éducatif est nécessaire pour changer les mentalités. Il sera difficile mais il est obligatoire pour permettre à une société d’évoluer démocratiquement en respectant toutes ses diversités. Le Cumhuriyet Halk Partisi (CHP? - Parti républicain du Peuple - parti politique turc républicain, social-démocrate et laïc) fondé par Mustafa Kemal n’aide en rien dans un changement de mentalité, il prône toujours une politique nationaliste fermée à tout dialogue avec les différentes composantes de la future société turque. Dans d’autres pays, comme l’Iran ou la Syrie, les Kurdes sont aussi maltraités et, malheureusement, l’IHD n’a que peu de moyens d’action. Elle ne peut que dénoncer les crimes commis en Iran par l’État, qui condamne à la pendaison de nombreux militants kurdes, culturels et politiques et les fait exécuter en place publique. L’IHD dénonce aussi un système en Syrie qui prive le nombreux Kurdes de médicaments et de soins. Il faudrait ouvrir les portes afin d’aider au mieux les populations victimes des conflits.

L’IHD a, lors d’une conférence de presse à Diyarbakir le 13 mai 2013, demandé le désarmement des protecteurs de village a alerté l’opinion publique sur le danger constitué par la présence des protecteurs de village qui, en toute impunité, se livrent sur la population à des actes répréhensibles, à des persécutions diverses pouvant aller jusqu’à des assassinats, des viols, des enlèvements. Raci Bilici évoque par exemple le cas de Mehmet Tayfur, persécuté depuis 15 ans par ces protecteurs, qui a demandé à l’IHD une aide juridique.

Laetitia Boursier


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