Erdogan joue la montre, les Kurdes s’impatientent

lundi 1er juillet 2013
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Il avait été convenu, aux termes de négociations entre Abdullah Öcalan, leader des Kurdes, emprisonné à vie depuis 1999 et RT Erdogan, premier Ministre du gouvernement islamo-conservateur de Turquie, qu’en échange du retrait du territoire turc des combattants du PKK, commencé fin mars, des réformes seraient faites en faveur des Kurdes qui réclament une forme d’autonomie régionale avec, à la clef, la reconnaissance de droits spécifiques, notamment le droit à l’éducation en langue kurde.

Selon les médias turcs, « le retrait des rebelles touche à sa fin » mais, en échange, aucun signe n’est venu du côté gouvernemental. Les Kurdes, patients jusqu’alors, commencent à manifester diversement leur inquiétude. Ainsi, le 3 juin, des premiers incidents sont signalés depuis le retrait des combattants du PKK et des coups de feu échangés dans la ville de Sirnak. Le 20 juin un hélicoptère de commandement transportant le chef du corps des Jandarma et le chef de la 3e division est la cible de tirs venant des monts Ikiyaka, dans la province de Hakkari.

Le 21 juin, Selahattin Demirtas, coprésident du Parti kurde pour la Paix et la Démocratie (BDP), hausse le ton et menace de rompre le processus de paix : « le gouvernement a dit qu’il préparait des mesures. La question doit être débattue maintenant ».

Le 25 juin, Abdullah Öcalan, dans un message remis lundi à des députés kurdes qui lui ont rendu visite sur l’île-prison d’Imrali (nord-ouest), rappelle au gouvernement turc les engagements pris : « à l’heure actuelle, nous sommes passés à la deuxième étape. J’ai présenté à l’État (turc) par écrit nos propositions sur les modalités de cette deuxième étape ».

Le 30 juin, 8 000 manifestants se rassemblent à Diyarbakir devant le bâtiment abritant le siège du BDP, au premier jour d’un mouvement du nom de « Gouvernement, prends une mesure », qui vise à faire pression sur les autorités. Malgré l’intimidation de la police antiémeute qui fait usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau, le mouvement est lancé et le BDP promet de l’étendre à tout le pays. Mais l’incident le plus grave a lieu le 28 juin à Lice (province de Diyarbakir), faisant 1 mort et 9 blessés graves.

A Lice l’armée tire à balles réelles sur des manifestants

« Ces personnes manifestaient pour la paix et non pour la guerre » rapporte une délégation de l’Association turque des Droits de l’Homme (IHD), affiliée à la Fédération internationale des Droits de l’Homme, qui s’est rendue sur place le lendemain de la tuerie. La population manifestait contre la création d’un nouveau commissariat dans le village de Kayacık à Lice, quand des militaires se mirent à tirer à balles réelles sur la foule. La délégation composée d’avocats du barreau de Diyarbakir, de représentants d’associations de Mazlumder (Association de Soutien aux Victimes),TMMOB (Union des Ingénieurs et des Chambres des Architectes), TTB (Syndicat des Médecins) et de membres de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Diyarbakır a remis un rapport circonstancié à Serdar Çelebi, vice-président de l’IHD, relatant les faits et pointant les responsabilités. La délégation rejette catégoriquement les allégations des militaires qui, contre toute évidence, affirment qu’ils ont tiré en l’air pour disperser les manifestants. Elle retient par contre l’entière responsabilité du procureur de la République et de la hiérarchie militaire dont le système de défense n’est qu’un tissu d’explications mensongères : d’après les déclarations des gouverneurs de Lice et de Diyarbakir les manifestants se seraient affrontés armés de fusils de chasse pour des motifs non explicités dont l’origine serait liée à des querelles entre villages. L’enquête menée sur place et les dépositions des témoins contredisent ces affirmations fallacieuses. Aucune preuve tangible (comme des éventuelles cartouches ou douilles) n’est venue corroborer ces déclarations alors que le nombre des blessés et la nature des blessures incriminent directement l’armée turque. Les dépositions des témoins contredisent également les dires des autorités militaires qui prétendent avoir repoussé une attaque contre le poste de police, alors que la chronologie des faits montre que les tentatives d’incendie des locaux sont postérieures et non antérieures aux tirs des militaires : « les vidéos filmées prouvent que l’armée ne s’est même pas donnée la peine d’utiliser les gaz lacrymogènes. Elle a fait parler directement les armes. Il s’agit d’un point important à ne pas négliger » précise Serdar Çelebi, vice-président de l’IHD.

Déclaration de l’IHD : les responsables doivent être jugés

Nous avons, à moult reprises, averti les autorités compétentes que la création de nouveaux postes de police aurait un impact négatif sur le processus de paix. Lors d’une de nos études nous avons pu constater la création d’un nombre important de postes de police près des frontières. Pourquoi ces nouveaux postes de police ? S’agit-il d’une tactique pour tester l’opinion sur le processus de paix ? C’est inacceptable. Le peuple n’acceptera aucune tentative qui aura pour effet de rompre le processus de paix. A Kayacık, les manifestants brandissaient des pancartes avec l’inscription ’nous ne voulons pas la guerre mais la paix’ ces pancartes ne parlent-elles pas d’elles-mêmes ? Aucune déclaration ne peut justifier qu’on puisse tirer sur un peuple qui réclame la paix.

Si le gouvernement est sincère dans sa poursuite de pourparlers, il doit faire la lumière sur cette affaire. Nous avons fait part au procureur de nos craintes au sujet de la dissimulation de preuves car si nous n’avions pas été sur place, les preuves auraient été à coup sûr effacées. Dans ces circonstances où le déroulement d’une enquête juste et impartiale est sujet à caution, le gouvernement doit particulièrement faire preuve d’un soin méticuleux. Si le gouvernement souhaite que l’affaire soit résolue et que d’autres drames semblables ne se renouvellent, il doit faire traduire en justice les responsables de cette tuerie.

L’IHD s’est engagé à suivre cette affaire jusqu’à ce que les coupables soient jugés et punis.

André Métayer


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