Turquie, Syrie : quelles alternatives aux régimes politiques en place ? (I)

jeudi 4 juillet 2013
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Eyyup Doru, représentant le parti pro-kurde BDP (Parti pour la Paix et la Démocratie) en Europe, est venu de Bruxelles rencontrer les membres de la Coordination nationale Solidarité Kurdistan (CNSK) réunis à Paris pour examiner la situation des Kurdes, tant en Turquie qu’en Syrie, et décider d’initiatives en relation avec le processus de paix engagé par Abdullah Öcalan, leader incontesté des Kurdes, avec le gouvernement turc. Ce processus de paix tant souhaité auquel le peuple kurde, ses organisations et ses élus veulent croire, sans pour autant cacher leur inquiétude face à l’attitude pour le moins ambiguë du pouvoir en place. Dialogues avec Eyyup Doru.

Turquie : quelles alternatives à Erdogan

André Métayer - N’était-il pas convenu qu’en échange du retrait du territoire turc des combattants du PKK, commencé fin mars, des réformes seraient faites en faveur des Kurdes ?

Eyyup Doru - Actuellement, plusieurs groupes de la guérilla ont déjà rejoint leurs bases arrière au Kurdistan du sud [d’Irak]. Il est probable que le retrait se poursuivra jusqu’au mois de septembre ou d’octobre. En contrepartie, aucune des revendications kurdes n’a été satisfaite. Il n’y a pas eu de remise en liberté de détenus politiques, les procès intentés contre les élu(e)s, les cadres et militants du BDP se poursuivent et le gouvernement n’a fait aucune proposition pour une autonomie démocratique des régions kurdes. Bref, il n’y a aucunes avancées démocratiques.

AM- Le Premier ministre RT Erdogan n’a-t-il pas pris quelques initiatives ?

ED - Deux commissions ont été constituées, l’une parlementaire, à laquelle les député(e)s du CHP et du MHP refusent de participer et qui reste très déséquilibrée - 10 représentants de l’APK pour 1 du BDP - et l’autre dite « commission des sages » dont les membres sont nommés par le gouvernement.

AM - Ce n’est donc pas satisfaisant, d’autant plus que les projets de RT Erdogan restent flous. Personne ne peut donc dire comment la situation va évoluer ?

ED - Le BDP, par la voix de son co-président Selahattin Demirtas, a prononcé un discours fort et assez critique envers le gouvernement actuel en indiquant notamment que si les choses ne bougeaient pas le processus de paix pourrait se terminer. Le BDP attend une réponse du gouvernement AKP. Par ailleurs, deux initiatives politiques importantes se sont tenues, l’une à Ankara avec la rencontre de toutes les organisations de gauche visant à soutenir le processus de paix et l’autre à Diyarbakir, avec la tenue de la Conférence kurde qui dans sa déclaration finale se prononce pour le respect des revendications du peuple kurde concernant l’autodétermination et l’autonomie politique et territoriale, telles qu’elles sont voulues et formulées.

AM - Peut-on établir une corrélation entre le combat des Kurdes pour la reconnaissance de leurs droits et les manifestations antigouvernementales qui ont pris corps à Istanbul et qui s’étendent aux autres villes en Turquie ?

ED - Les événements de la place Taksim mettent en évidence le rejet par une partie de la population et en particulier la jeunesse, de l’autoritarisme de l’AKP et de son leader Recep Erdogan. Les lois restreignant les libertés individuelles en référence à une islamisation rampante de la société ne sont pas acceptées par une partie de celle-ci attachée à la laïcité. À partir du refus de la destruction d’un parc en plein centre-ville au profit d’une opération immobilière, une convergence s’est créée entre différentes forces de la société civile, mécontentes ou en lutte, et des organisations politiques dont certaines sont interdites. Progressivement, les protestations se sont élargies dévoilant les risques d’une récupération du mouvement de révolte. En effet, la présence de groupes nationalistes liés au CHP ou MHP rend difficile la lisibilité politique du mouvement qui s’est exprimé.

AM - Y a-t-il un « après Erdogan » ?

ED - La répression policière à l’encontre de manifestants pacifiques a mis en évidence la nature du pouvoir actuel qui, sous un verni d’islamiste modéré, avait gagné les faveurs de l’Union européenne et de la France. Si ces événements font la démonstration de la résistance d’une partie de la population à la politique de l’AKP, ils mettent en évidence le manque d’alternative politique permettant de construire un « après Erdogan ». Les partis parlementaires existants, mis à part le BDP, ont démontré dans le passé leur opposition farouche à un règlement pacifique de la question kurde et n’ont jamais favorisé l’expression démocratique dans la société turque.

AM - La violence de la répression semble avoir surpris la communauté internationale ?

ED - Les relations entre la Turquie et l’Union européenne sont effectivement très tendues depuis les événements d’Istanbul. Pourtant, ce n’est pas d’aujourd’hui que la Turquie se distingue par une répression féroce à l’encontre des opposants politiques et en premier lieu contre les Kurdes. Erdogan a gagné physiquement par la force mais pas dans l’opinion publique. Erdogan est en grande difficulté tant au niveau national que sur la scène internationale.

André Métayer.


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