La lutte du « Kurdistana Rojava » (Kurdistan occidental)

lundi 26 août 2013
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Avec ses trois millions de Kurdes (peut-être plus, peut-être moins), le Kurdistan syrien, appelé Kurdistan occidental (en kurde : Kurdistana Rojava?), deviendra-t-il une réalité géographique, politique et économique ? A l’image du Kurdistan oriental, devenu province autonome du Kurdistan irakien - économiquement et politiquement stable -, arrivera-t-il à se tenir à l’écart de la lutte qui oppose en Syrie sunnites et alévis (entre autres) comme elle oppose en Irak sunnites et chiites ?

Le Kurdistan occidental est, grâce à son organisation politique et d’auto-défense, en ordre de marche même si, aujourd’hui encore, des combats violents s’y déroulent comme à Sêrékaniyé (Rass al-Ain), où les Kurdes font mieux que résister aux brigades liées à Al-Qaïda, soutenues par certaines brigades de l’armée syrienne libre (ASL).

Bien qu’opprimés par le régime de Bachar Al-Assad, les Kurdes de Syrie n’ont pas rejoint pour autant l’opposition syrienne qui refuse obstinément de les reconnaître en tant que peuple. Sur ce point il y a une alliance objective entre les forces antagonistes, le Conseil national syrien (CNS) d’une part, dont le siège est à Istanbul et cornaqué par la Turquie, qui, en continuant d’appeler la Syrie « République arabe syrienne » n’entend pas reconnaître les différents peuples de Syrie et le régime de Bachar al-Assad d’autre part, dont la politique répressive à l’égard des Kurdes allait d’une arabisation forcée jusqu’à la négation identitaire, une partie d’entre eux étant même privés d’état-civil. Les Kurdes vivant au Kurdistan occidental et en Syrie ont vécu longtemps dans l’ombre des évolutions politiques générales et ont été menacés d’extinction.

La révolution du 19 juillet 2012

Les Kurdes de Syrie ont eu, eux aussi, leur « printemps » avec un mouvement révolutionnaire commencé réellement le 15 mars 2011 et gagnant progressivement tout le pays. La date qui a finalement été retenue pour célébrer la mise en place d’un système appelé « autonomie démocratique » est le 19 juillet 2012, jour de la prise de pouvoir à Kobanê. Dans les 3 mois qui ont suivi, des assemblées populaires (« Maisons populaires ») ont été mises en place dans les villes et assurent des services qui étaient jusqu’alors de la responsabilité de l’Etat. Toutes les collectivités locales kurdes sont tombées, les unes après les autres, entre les mains du peuple kurde, hormis celle de Qamişlo, la plus grande ville de la région, toujours tenue par les forces du régime syrien, ainsi que quelques institutions publiques. Les quartiers kurdes de Damas (400 000 habitants) et d’Alep (600 000 habitants) sont organisés sur le même principe mais les bourgades à majorité kurde des alentours restent plus vulnérables. La population civile est régulièrement la cible de groupes djihadistes proches d’Al-Qaïda. Depuis le 31 juillet, révèle la Fédération des Associations kurdes de France, 450 personnes au moins, dont de nombreux enfants, ont été massacrées et près de 350 autres, dont on est sans nouvelles, ont été enlevées. Les populations kurde, mais aussi assyrienne, arménienne, chrétienne, yézidie de villes syriennes, notamment d’Alep et de Damas, tentent de rejoindre les régions contrôlées par les Kurdes : le Kurdistan occidental a vu sa population doubler avec l’afflux des réfugiés, ce qui pose une série de problèmes sanitaires et économiques. De plus, les autorités kurdes se plaignent de n’avoir reçu aucune aide humanitaire de l’ONU dans le cadre du Programme alimentaire mondial (PAM). A toutes ces difficultés s’ajoute la fermeture de la frontière par la Turquie qui pratique l’embargo depuis 2011, sauf pour les groupes djihadistes et autres mercenaires islamistes auxquels elle apporte aide logistique et chemin de repli en cas de nécessité. Les services secrets turcs (MIT?) sont à la manœuvre depuis le début du conflit.

L’organisation régionale

L’embargo rappelle de triste mémoire les accords de Lausanne de 1923 qui tracèrent une frontière entre la Turquie et la Syrie en fonction d’un projet de voie ferroviaire devant relier Berlin à Bagdad. Une ville a été coupée par son milieu et est devenue Qamişlo d’un côté et Nusaybin de l’autre. Des tribus, des familles, des dizaines de milliers de Kurdes vivant sur les mêmes terres se trouvèrent séparés par les barrières de barbelés et de mines, entre Kurdistan de Turquie au nord, allant de Gaziantep à Cizre et Kurdistan de Syrie au sud, allant d’Efrin à Dêrik. Isolé, le Kurdistan syrien a trouvé en lui les ressources pour mettre en application le concept « d’autonomie démocratique » et décentraliser la région en 3 subdivisions, dotées d’organisations politiques propres fonctionnant chacune dans le cadre des règles des structures régionales auxquelles elles sont hiérarchiquement rattachées. Toutes ces institutions travaillent au sein d’une même coordination, le Haut Conseil kurde. Les Forces de Défense du Peuple (YPG?), officiellement reconnues comme telles depuis 2011, ont des unités décentralisées dans chacune de ces trois régions pour assurer le contrôle et la défense des frontières.

La région de Qamişlo est la plus peuplée (un million d’habitants). On peut lire sur la carte les noms des villes qui la composent (Dêrik, Tilkoçer, Girkê Legê, Tirbespiyê, Qamişlo, Amudê, Dirbêsiyê, Serêkaniyê, Hesekê). C’est aussi la plus riche du Kurdistan occidental avec les ressources pétrolifères de Rimêlan (entre Dêrik et Girkê Legê, à la frontière avec l’Irak). Les trois-quarts des villes sont actuellement sous contrôle kurde.

La région de Kobanê est située juste en face de la plaine de Suruç, au Kurdistan du Nord (Kurdistan de Turquie), dont les villes et villages qui lui font face sont peuplés de Kurdes issus de mêmes familles. Plus de 500 000 Kurdes vivent dans cette région agricole traversée par un des deux fleuves de la Mésopotamie, l’Euphrate. Cette région est sous contrôle kurde.

La Région d’Efrîn (500 000 habitants) est submergée par l’afflux des réfugiés. Cette région est sous contrôle kurde.

Aller au bout du processus

Le Kurdistan occidental a vraiment des atouts pour vivre et se développer :

le Kurdistan syrien ou Kurdistan occidental est une riche zone agricole grâce à un climat ni trop chaud en été ni trop froid en hiver. Les olives de la région d’Efrin peuvent nourrir toute la Syrie. La région assure la production de blé, maïs, orge, pois chiches, légumes, épices et charbon de bois. La région est également riche en eaux, en pétrole et en gaz. Les deux fleuves historiques, le Tigre [à la frontière irakienne] et l’Euphrate [région de Kobanê], traversent cette partie du Kurdistan, tandis que les puits de pétrole et de gaz se concentrent dans la région de Djezira [Cizre].

(Maxime Azadi, ANF).

La situation géographique et les ressources naturelles ne suffiront pas aux Kurdes du Kurdistan occidental qui, pour réussir, devront d’aller au bout du processus qu’ils ont eux-mêmes décidé : élire une autorité régionale provisoire où toutes les ethnies seront représentées et soumettre à un referendum populaire lors d’élections régionales un contrat social établi entre toutes les parties. Alors on pourra dire, et seulement à ce moment-là, que les peuples du Kurdistan occidental ont établi et construit un système solide sous le nom d’autonomie démocratique.

André Métayer


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