« Je m’appelle Abdulkadir Dilsiz, détenu à la prison d’Izmir »

jeudi 6 novembre 2014
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Izmir 2 Nolu F tip C-evi, Kiriklar Buca, le 15 novembre 2008 :

je m’appelle Abdulkadir Dilziz, je suis détenu dans la Prison de type F no 2 d’Izmir. Je suis retourné en Turquie après avoir travaillé environ un an à Roj TV en 2004. C’est pour cette raison que j’ai été arrêté, mis en garde à vue, torturé et incarcéré à Manavgat (district d’Antalya) le 04.01.2008. Je suis, depuis maintenant près d’un an, détenu injustement, accusé sans preuve "d’appartenance à l’organisation”. J’ai besoin du soutien de l’opinion publique internationale et de la presse. Kenavo !

Son procès devant la 10e Cour pénale d’Izmir, qui durera deux années, n’en fut pas moins expéditif et, à l’issue de quelques brèves audiences de dix minutes à peine, Kadir fut condamné à 11 ans et 3 mois de prison, qu’il purge à Izmir. Kadir, le "Kurde breton" adopté par toute la Bretagne, est toujours en rébellion. Il a connu les grèves de la faim et les peines disciplinaires. La section d’Amnesty International de Redon et autres correspondants l’accompagnent moralement depuis six années dans son difficile combat quotidien, tant pour faire réviser son procès que pour dénoncer les conditions d’incarcération. Ce soutien dont il bénéficie est psychologiquement très important.

Kadir, marié avec Halide, est père de 3 enfants. Sa famille, qui vit à 1 000 km d’Izmir, ne peut, faute de moyens financiers, lui rendre visite que rarement. Ses démarches près de la Cour Européenne des Droits de l’Homme n’ont pas abouti. Il espère une remise de peine et une libération en 2015. Kadir tient le coup grâce à la lecture, l’écriture et le dessin. Mais comment un détenu, condamné à une longue peine, peut-il survivre ? Sa dernière lettre (adressée à l’une de ses fidèles correspondantes) donne un éclairage singulier sur la vie d’un détenu où chaque instant est vécu intensément :

Izmir 2 Nolu F tip C-evi, Kiriklar Buca, le 7 octobre 2014 :

hier, Halide et Agrîn étaient ici. Nous avons passé une heure ensemble mais au lieu de rester à table, moi et Agrîn, nous avons joué ! Sa mère n’était pas très contente ! Désormais, Agrîn me reconnaît : maintenant, il sait que la voix qu’il entend au téléphone m’appartient. Il a presque 8 ans.

Quand il m’a vu, il m’a demandé si les abeilles allaient bien. En effet, en 2013, au mois d’août, il y avait ici des travaux sur les toits et à cause de ces travaux, les oiseaux, les abeilles et mon hibou ont été dénichés. Depuis 2010, ce hibou se perche sur la fenêtre de ma cellule et sur aucune autre. Il ne s’approche de personne d’autre et moi, plusieurs fois, je l’ai pris dans ma main. Quand mes deux codétenus ont vu cette scène, ils sont restés bouche-bée.

A ce moment-là, une abeille assez bizarre avait fabriqué 12 petits pots de 3 cm à l’intérieur de mon sweat-shirt qui était plié et rangé dans mon placard. Des petits pots sans trou : ils étaient magnifiques (photo jointe de ces pots et dessin de l’abeille). Je me souviens de cette abeille qui faisait des allers-retours devant mon nez mais je n’avais jamais imaginé une telle chose avant. Pendant 9 mois, je les ai gardés et protégés contre les soldats car, ici, une fois par mois, les cellules sont fouillées par les soldats et les gardiens. Lors des fouilles, pendant ces 9 mois, trois d’entre eux ont été cassés. Mais des 9 restant, en mai dernier, en l’espace d’une semaine, elles sont sorties une par une en ouvrant un trou. J’ai gardé les pots vides mais 5 d’entre eux sont abîmés par l’humidité. Je garde encore 4 pots, ceux que je tiens dans la main pour la photo.

Agrîn, comme hier, très souvent me demande des nouvelles de ces abeilles. Ce sont des petites abeilles noires, comme sur le dessin.

Je ne suis pas triste, ni découragé, seulement, je suis en colère. Je pratique sans cesse l’introspection et je ne suis que très rarement découragé. Et franchement, je ne suis pas triste non plus. Je pense que le découragement et la colère sont deux choses différentes, puisque la seconde est source d’encouragement, au moins pour moi, ça marche comme ça... J’essaie toujours de penser de façon rationnelle mais je n’ignore pas mes intuitions, ni mes perceptions, ni les conditions dans lesquelles je me trouve.

J’ai vu sur la photo que tu m’as envoyée (stand AKB au festival de cinéma de Douarnenez) qu’ils vendaient des kilims de Hakkari. Ils sont très beaux ces kilims. Ma mère aussi en fabriquait quand j’étais enfant. Elle faisait tout : du fromage, de la confiture, du moût de raisin, de l’huile d’olives, etc. Je n’ai connu l’huile industrielle qu’à 11 ans et j’ai vraiment eu beaucoup de mal à m’y habituer. Nous avons toujours des oliviers mais on fait seulement du saumurage. Dans le jardin, il y a des noyers aussi. Après ma libération, tu dois vraiment venir à Birecik. Les ibis chauves ne sont que là et en Afrique où ils migrent quand il fait froid. Il y a des endroits à visiter en bateau aussi. A Halfeti, il y a des roses noires et plein de choses à goûter : quelque chose qui n’existe nulle part ailleurs, le kimi, sorte de petite pomme de terre délicieuse et aussi, le krondel, un légume épineux, violet... Je termine ma lettre ici. Porte-toi bien.

P.S. : Halide a pu venir grâce à l’argent que vous avez envoyé. Merci beaucoup. Kadir.

Pour aider financièrement la famille de Kadir : écrivez aux AKB pour les renseignements. L’intégralité des recettes est envoyée à la famille pour financer les visites-parloir.

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