Khaled Issa : « ni paix ni stabilité au Moyen-Orient sans une solution équitable au problème kurde en Syrie »

mercredi 10 décembre 2014
par  Amitiés kurdes de Bretagne

Khaled Issa représente en France le Parti de l’Union démocratique (PYD?), le parti kurde majoritaire au Kurdistan de Syrie (Rojava?), initiateur du "contrat social" et de la nouvelle gouvernance, dont les forces combattantes (Unités de Protection de Peuple - YPG? et Unités de Protection de la Femme - YPJ?) défendent avec acharnement Kobanê et toute la région à majorité kurde formée de trois cantons. Khaled Issa est sur tous les fronts pour plaider la cause du Rojava et pour convaincre les élus des pays engagés dans la coalition anti-« Etat islamique » (EI?), mais aussi leur opinion publique, de la nécessité de ne pas laisser les djihadistes exterminer son peuple. Il a bien voulu répondre à nos questions.

André Métayer : la Coordination nationale Solidarité Kurdistan (CNSK), qui a été reçue à l’Elysée le 3 décembre dernier, a plaidé pour que la France vienne en aide à la population et aux combattants de Kobanê, assiégée par les forces djihadistes de l’EI, puissamment armées. Quels types d’équipements attendez-vous de la France ?

Khaled Issa :

nos combattant(e)s, en majorité kurdes, mais aussi syriaques, arabes et d’autres ethnies et de toutes les confessions, sont en première ligne contre les terroristes, racistes et sectaires, ennemis de toute l’Humanité. Nos combattant(e)s doivent être dotés de moyens efficaces pour faire face à l’invasion des barbares équipés d’armes modernes. Les frappes aériennes soulagent la résistance mais ne sont pas suffisantes : elles doivent être plus intensives. Mais, pour assurer les combats au sol, la résistance doit être équipée d’un armement moderne (anti-char) et en quantité suffisante. Dans le Rojava assiégé, la résistance et la population - plus de trois millions et demi de personnes - ont besoin également de l’aide médicale et humanitaire.

Un simple coup d’œil sur la carte suffit pour comprendre que la situation de Kobanê est dramatique, prise dans un étau entre l’EI et la Turquie, qui se refuse toujours à laisser passer les renforts kurdes en hommes et en armement. Pour rompre cet encerclement, vous préconisez une autre solution : ouvrir en territoire syrien un couloir de 150 km de long qui relierait les deux zones tenues par les forces kurdes depuis le canton de Kobanê jusqu’à celui de Cêzirê (dont la capitale est Qamislo), lequel est frontalier du Kurdistan d’Irak. N’est-ce pas une gageure quand on sait que ce couloir traverserait une zone tenue fermement par les djihadistes, notamment la région de Tal Abyad, dont la ville est un de leurs bastions ?

Si les YPG et les YPJ sont bien armées, elles peuvent libérer la zone de Tal Abyad, tenue par les terroristes, qui sépare le canton de Kobanê du canton de Cêzirê. C’est depuis novembre 2012 que nos filles et nos garçons se battent contre ces terroristes, ils ne manquent ni de courage, ni de loyauté, ni de détermination, ni d’expérience. Seuls des moyens efficaces de défense leur font défaut.

Cette proposition ne présente-t-elle pas des difficultés diplomatiques pour les pays de la coalition, vis-à-vis de la Turquie par exemple ?

Les pays de la coalition doivent et peuvent mettre la Turquie devant ses responsabilités : soit elle choisit le camp des terroristes, soit celui des démocrates. Dans les zones contrôlées par l’autogestion démocratique que nous avons mise en place, aucun dérapage n’a été signalé vis-à-vis de la Turquie, aucun coup de fusil n’a été tiré en direction du territoire turc, même lorsque, au mois de novembre 2012, 1 200 djihadistes terroristes ont envahi, avec l’aide des autorités turques, la ville de Serê Kaniyê. Nous avons déclaré à maintes reprises que nous respectons et faisons respecter les traités internationaux et que nous aspirons, avec l’Etat turc, à l’établissement des relations de bon voisinage fondées sur le respect mutuel et les intérêts communs. Nous ne permettrons jamais de transformer notre territoire en une zone de tension avec nos voisins, qu’ils soient turcs ou irakiens. Si un problème de confiance se pose, des grande puissances comme les États-Unis ou la France peuvent intervenir à fin d’assurer le respect des engagements pris de part et d’autre.

L’option militaire ne peut, sans projet politique, aboutir à une solution durable, d’où d’intenses activités diplomatiques auxquelles participe la France. Les autorités du Kurdistan de Syrie, démocratiquement élues, ne devraient-elles pas être conviées, officiellement ou officieusement, à ces instances où siègent les 60 pays de la coalition ?

Nous sommes exclus de toutes les instances diplomatiques de la coalition anti-EI alors que nous sommes en première ligne dans les combats contre lui ! Après chaque conflit armé, il n’y aura qu’un règlement politique. Pendant les négociations ouvertes, au début de cette année, entre le régime de Bachar el-Assad et l’opposition, les parrains de l’opposition (la coalition), pour ne pas déranger la Turquie et les pays de Golfe, nous ont exclus de ces négociations, qui n’ont d’ailleurs abouti à rien. Nous espérons pouvoir faire partie à part entière des négociations de la coalition et être associé à tout règlement politique ou diplomatique concernant la crise syrienne. Nous appelons toutes les puissances impliquées dans le dossier syrien et notamment les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, à assumer leurs responsabilités, conformément à la Charte de l’ONU, en respectant la volonté de notre peuple, car sans une solution équitable du problème kurde en Syrie, il n’y aura ni la paix ni la stabilité au Moyen Orient dont dépend largement la paix et la stabilité dans le monde.


Photo Gael Le Ny


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