Le Rojava décentralisé, pluriethnique, multiconfessionnel, un modèle pour les pays du Moyen-Orient

dimanche 1er février 2015
par  Amitiés kurdes de Bretagne

« Les Kurdes sont certainement bien plus une solution qu’un problème », déclare Yvan Tellier au retour de son périple au Rojava (Kurdistan de Syrie), réalisé avec Bruno Deneil-Laurent, écrivain et documentariste, il y a moins de deux mois, avant la libération de Kobanê.

Bruno et Yvan sont loin d’être des néophytes et leur intérêt pour les Kurdes remonte à leurs années de jeunesse, dans les années 90, alors qu’ils parcouraient les parties du Kurdistan se trouvant en Turquie et en Irak. Yvan, rennais, adhérent des Amitiés kurdes de Bretagne, était de la délégation qui s’est rendue en mars 2014 observer les élections municipales au Kurdistan nord (Turquie) et a rejoint en novembre 2014, avec Bruno, une délégation de la Coordination nationale Solidarité Kurdistan à Suruç, ville située à 10 km de Kobanê, du côté turc de la frontière. Ils se sont ensuite rendus dans le canton de Cizîrê, au Rojava. Yvan a témoigné de la situation à la frontière des deux pays, rendue extrêmement difficile par l’attitude hostile des autorités civiles et militaires turques et par l’afflux incessant des réfugiés. De leur séjour dans le canton de Cizîrê, de Qamishlo aux zones de combat, Bruno Deniel-Laurent et Yvan Tellier ont rapporté une analyse approfondie de la situation militaire mais surtout politique, qui a fait l’objet d’une excellente tribune parue sur le site du Monde.

Yvan revient sur ces contacts avec les animateurs de cette révolution démocratique, post-étatiste, multiethnique, laïque, écologiste, féministe, rencontrés dans le canton de Cizîrê, dont l’enthousiasme les porte à rêver d’étendre ce modèle à l’ensemble des peuples de la région.

Semalka, sur le Tigre, un lieu stratégique

Le Rojava (qui désigne le coucher du soleil, l’ouest en kurde) est divisé en trois cantons. En Cizîrê, le plus vaste des trois cantons situé dans le nord-est de la Syrie, la situation est relativement stable mais mouvante, la ligne de démarcation avec les zones contrôlées par l’Etat Islamique ou les forces gouvernementales syriennes est fluctuante. Les récents mouvements des forces kurdes de Syrie et d’Irak en direction des monts Sinjâr en sont une très bonne illustration, de même que la pression sur Hasaka. On accède au canton de Cizîrê par le nord de I’Irak.

Le passage se fait en traversant le Tigre au poste de Semalka. Une barque à moteur pour les piétons et un pont flottant pour les véhicules permettent la traversée. C’est la seule porte de sortie vers l’extérieur. C’est un lieu stratégique. Qamishlo, la ville principale de cette région, est située à une heure et demie de route, en bordure de la Turquie. Malgré la présence de militaires du régime de Damas à certains endroits, c’est la nouvelle administration, mise en place en janvier 2014 par le gouvernement provisoire du Rojava, qui contrôle ce territoire long de 200 km et large de 30 à 80 km.

La cohabitation sous un mode de guerre froide

Les Kurdes sont parfois accusés de pactiser avec l’administration du gouvernement de Bachar al Assad. Qu’en est-il exactement ?

La cohabitation entre les deux administrations se fait sous un mode de guerre froide. Le gouvernement syrien occupe toujours quelques quartiers à Qamishlo - dont l’aéroport - où il n’est pas rare de voir des portraits de Bachar al Assad et des drapeaux syriens et une zone à proximité de Hasaka. Il continue, certes, à assurer les salaires des fonctionnaires, mais les Kurdes sont en position de force par rapport au régime de Damas qui, de fait, ne contrôle plus grand chose dans la région. En fait on évite, de part et d’autre, la confrontation directe. Les Kurdes se sont démarqués dès le début du reste de la révolution syrienne car ils craignent qu’elle ne débouche sur un nouveau nationalisme arabe négateur de leur identité [1] ou sur un gouvernement islamique.

Le risque n’est-il pas l’isolement ?

La réponse est dans le contrat social, une conception du bien vivre ensemble. La population est composée de Kurdes, mais aussi de chrétiens assyriens et syriaques, d’Arabes, de Turkmènes et d’autres nationalités établies là au gré d’exodes liés à des conflits plus que centenaires et non résolus (Arméniens, Tchétchènes…). Tous ces peuples sont mentionnés dans le préambule du Contrat social en 96 points dont s’est doté le Rojava en guise de constitution. Clairement il y a une volonté de la part des nouvelles autorités de préserver cette diversité, de favoriser des relations respectueuses et de travailler ensemble en respectant les équilibres. Un modèle proposé d’ailleurs à l’ensemble de la Syrie, un modèle pour les pays du Moyen Orient.

Nazira Gawriya, co-présidente syriaque du Conseil législatif nous l’a assuré : si les Kurdes n’avaient pas pris les choses en main à temps, il n’y aurait tout simplement plus de chrétiens dans la région. Elle nous a demandé de relayer son appel adressé aux gouvernements européens pour qu’ils reconnaissent cette administration de Rojava respectueuse des minorités chrétiennes et pour qu’ils l’aident à maintenir cette présence multimillénaire chrétienne en Mésopotamie.

À Amuda, les ministres déjeunent à la cantine avec les autres employés

Concrètement, comment ça se passe au quotidien ?

Le Conseil législatif se réunit une ou plusieurs fois par semaine à Amuda, située à une trentaine de kilomètres de Qamishlo, choisie pour des raisons de sécurité. C’est là aussi que siège la plus grande partie du gouvernement. Tous les acteurs de cette fragile administration nous reçoivent et nous expliquent volontiers la façon dont ils travaillent. L’enthousiasme et la bonne volonté en cette période historique déterminante sont manifestes. Les ministres déjeunent de manière frugale à la cantine avec les autres employés. Le financement se fait par des taxes prélevées sur les échanges commerciaux entre le reste de la Syrie et le Kurdistan irakien. A Semalka nous avons constaté qu’un flux important de moutons en partance vers l’Irak venait de toute la Syrie. La région, considérée comme le grenier à blé de la Syrie, est prospère au plan agricole et auto suffisante en alimentation. Nous avons constaté que les champs étaient bien préparés pour être ensemencés. Le ministère de l’agriculture y veille. Suffisamment dotée en pétrole pour satisfaire sa consommation, la région souffre néanmoins d’insuffisance en capacité de raffinage. Elle est confrontée également à des pénuries d’électricité. Officiellement, l’administration centrale de Damas continue à financer certains services, en particulier dans le domaine de l’éducation et de la santé. Par ailleurs, beaucoup de travaux d’utilité publique sont effectués bénévolement par la population. Les femmes sont encouragées à participer à la vie publique et sont très présentes au niveau politique, tout comme dans les forces armées.

Les Kurdes apparaissent aujourd’hui comme un socle de raison et de progrès dans ce Moyen-Orient en ébullition. Ils leur manquent la reconnaissance internationale.

André Métayer


[1Le Conseil national syrien refuse l’appellation « République de Syrie » demandée par les Kurdes et continue d’appeler la Syrie « République arabe syrienne ».


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