Catastrophe minière en Turquie : R.T. Erdoğan rudement interpellé

Ce sont plusieurs centaines de mineurs qui ont péri dans la catastrophe survenue dans les mines de charbon de Soma. C’est l’une des pires catastrophes industrielles de Turquie. On dénombre à ce jour 282 tués et de nombreux blessés. Une centaine reste coincée sous terre où les chances de survie sont quasi nulles. Le nombre de mineurs disparus pourrait être encore plus nombreux car la compagnie minière est connue pour exploiter des travailleurs clandestins.

L’actualité dramatique de la catastrophe minière en Turquie survient quelques semaines après qu’une délégation des Amitiés kurdes de Bretagne (AKB), lors de son séjour à Diyarbakir, ait rencontré des représentants du syndicat KESK (Confédération des syndicats de la fonction publique). Cette confédération, la plus combative du service public en Turquie, avait déjà dénoncé la dégradation des conditions de travail et l’absence de prévention des risques en juin 2010, à l’occasion de la conférence annuelle de l’Organisation internationale du Travail à Genève, et avait fait inscrire la Turquie parmi les 25 pays qui bafouent les droits internationaux des travailleurs, alors que le gouvernement en place continue de prétendre que les conditions s’améliorent en Turquie. La catastrophe minière démontre le contraire.

Les accidents de travail : un record

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Alice Duvignaud notait le 13 mars 2013-> :

la Turquie détient le triste record d’être le pays le plus dangereux pour ses travailleurs d’Europe et le troisième au monde après l’Algérie et le Salvador. Les secteurs les plus dangereux sont la construction et les secteurs miniers et sidérurgiques. De 1955 à 2012, 3 053 Turcs sont morts dans des mines, et 362 208 ont été blessés.

Les représentants syndicaux rencontrés ne disent pas autre chose : pour eux le constat est sans appel, les accidents du travail sont fréquents dans les secteurs du bâtiment, du textile, de l’alimentaire et de l’agriculture. C’est aussi dans ces secteurs que les organisations syndicales sont les moins implantées et quasiment absentes, que l’absence de qualification est notoire et que le travail au noir est le plus répandu.

D’après le Conseil pour la santé des travailleurs et la sécurité au travail d’Istanbul, on déplore chaque jour 172 accidents du travail et 3 tués. Entre 2000 et 2012, le nombre de victimes d’accidents du travail aurait atteint 12 686.

Concernant les mines de Soma, une commission d’enquête parlementaire avait été demandée par les députés de l’opposition dont ceux du Parti pour la Paix et la Démocratie (BDP), mais l’AKP, le parti du Premier ministre au pouvoir, l’avait refusée, montrant ainsi la collusion entre le gouvernement et la compagnie minière dans laquelle des membres de l’entourage de R.T. Erdoğan auraient des intérêts financiers. Le Premier ministre, qui s’est rendu sur place, a d’ailleurs été hué et contraint de battre en retraite sous la protection des forces de police. Zaman, journal turc de tendance islamiste et conservatrice, proche de la confrérie Gülen, révèle que les mines de Soma ne possédaient qu’une chambre de refuge de 5m2 pour 6 500 mineurs.

Les manifestations à travers le pays, notamment à Ankara et Istanbul, l’appel à la grève des organisations syndicales montrent que l’émotion est grande et le mal profond. Tous dénoncent la dégradation des conditions de travail, l’absence de prévention des risques et cette volonté répressive qui met les travailleurs à la merci des employeurs peu scrupuleux. La légitimité de ces revendications n’est pas contestable et le gouvernement a failli en ne prenant pas des mesures radicales pour enfin inverser la tendance actuelle.

Répression syndicale

La répression syndicale est toujours d’actualité, en particulier contre les membres de KESK. Les représentants de l’organisation ont rappelé aux AKB que

quelque 500 participants à une manifestation en 2012 ont été poursuivis et que] des responsables syndicaux sont toujours en prison, attendant le verdict des tribunaux. La répression qui s’est abattue, pendant la dictature militaire, a considérablement affaibli les organisations syndicales. La Confédération des syndicats révolutionnaires de Turquie (DISK), syndicat implanté dans les entreprises privées et dont les membres sont, dans leur grande majorité, des travailleurs manuels, a particulièrement été touchée : son crime était de demander le retour à la démocratie et le respect des droits des travailleurs. La chute de la dictature n’a pas modifié la situation puisque de nouvelles et nombreuses restrictions sont apportées à l’implantation syndicale dans les entreprises et que la prison est encore le lot des manifestants : depuis 1990 ce sont 24 personnes qui ont été tuées lors de manifestations syndicales.

Déjà en 2013, les représentants syndicaux avaient, [lors d’une précédente rencontre, dénoncé une législation turque qui ne respecte pas les droits des travailleurs, en contradiction avec les règles de l’OIT à laquelle adhère la Turquie.

Les Kurdes de Rennes expriment leur émotion et leur colère

Les Kurdes de Rennes et de Bretagne, lors d’un rassemblement ce jeudi 15 mai place de la mairie à Rennes, ont témoigné de leur tristesse et exprimé leur solidarité envers les familles endeuillées. Ils n’ont pas caché leur colère :

cette catastrophe était prévisible. Non, ce ne sont pas des “accidents du travail” mais des crimes dénoncés comme tels par les organisations syndicales et les associations de défense des droits de l’homme. Des manifestations de travailleurs dénoncent régulièrement la dégradation des conditions de travail, l’absence de prévention des risques et la répression qui s’abat sur les travailleurs, victimes de l’exploitation capitaliste, les mettant à la merci des employeurs et de l’Etat turc peu scrupuleux. Nous dénonçons cette politique du gouvernement qui dans le cadre de la politique de privatisation met en danger la vie des travailleurs au nom de la réduction des coûts. Le gouvernement est coupable du massacre de Soma et devra en répondre.

André Métayer avec la participation de Michel Besnard