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Les Kurdes se battent contre deux virus : le COVID-19 et la “démocrature”

Le COVID-19 touche nos amis kurdes et nous craignons pour la vie de celles et ceux qui croupissent en prison. Un autre danger les guette : la démocrature, dictature à la façon d’Erdoğan qui se cache sous les traits d’une démocratie de façade. Ainsi le chef de l’Etat turc a organisé en mars 2019 les élections locales, comme l’y oblige la Constitution, mais, moins d’un an après, il détricote en toute quiétude le résultat des urnes. Le HDP avait gagné 71 municipalités, 6 élections furent immédiatement invalidées pour un motif fallacieux et, dans les mois suivants, plusieurs maires furent destitués, dont ceux de Diyarbakir, Mardin et Van. En mars et mai 2020, le gouvernement turc destituait à nouveau des co-maires de municipalités dirigées par le HDP (Batman, Silvan, Ergani, Lice, Eğil, Güroymak, Gökçebağ et Halfeli le 23 mars, auxquelles sont venues s’ajouter Siirt, Iğdır, Kurtalan et Baykan le 15 mai). Le HDP chiffre à 45 le nombre de destitutions visant des maires démocratiquement élus et remplacés par des administrateurs nommés par le pouvoir. Depuis les élections locales du 31 mars 2019, 26 co-maires ont été mis en état d’arrestation : 21 sont derrière les barreaux et 5 en garde à vue. Par ailleurs, des dizaines d’anciens maires HDP élus en 2014 sont toujours emprisonnés. Le HDP en appelle à l’opinion internationale :

une fois de plus, nous appelons la communauté internationale, le Secrétaire général du Conseil de l’Europe, le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux et le Comité des régions de l’UE en particulier, ainsi que nos partis frères et tous les tenants de la démocratie, à élever la voix et à agir contre ces politiques racistes du gouvernement turc qui tente d’ériger le “régime de tutelle” en norme.

Le maire de Diyarbakir condamné à une lourde peine de prison

Le docteur Selcuk Mizrakli, co-maire de la ville métropolitaine de Diyarbakir, élu le 31 mars 2019, destitué le 19 août, est détenu à la prison de Kayseri / Bünyan depuis le 22 octobre 2019. L’audience finale de son procès-éclair s’est tenue le 9 mars 2020, après une instruction bâclée, devant la 9ème Haute Cour pénale de Diyarbakır qui l’a condamné à 9 ans, 4 mois et 15 jours de prison pour “appartenance à une organisation terroriste”. L’acte d’accusation a retenu la confession d’une “repentie” qui a obtenu, en échange de son témoignage, une libération immédiate et l’abandon des charges retenues contre elle. On a également reproché au Dr Mızraklı diverses activités sociales et politiques organisées par le HDP, dont il était membre, ou par Sarmaşık, une association pour la lutte contre la pauvreté et le développement durable dont il était président, interdite et fermée lors de la déclaration de l’état d’urgence. Pour Human Rights Watch, les éléments de preuve contenus dans l’acte d’accusation n’étayent en rien l’accusation selon laquelle il serait impliqué dans des crimes ou dans des faits de terrorisme.

Zülal Erdoğan, l’un de ses avocats, a déclaré :

toutes les allégations présentées comme éléments de preuve dans le dossier sont illégales. Nous irons en appel, nous irons devant la Cour suprême, nous irons devant la Cour européenne des droits de l’homme. Ce n’est pas fini, la procédure judiciaire va se poursuivre.

André Métayer