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Tuna Altinel, signataire de la pétition “Nous ne serons pas complices de ce crime” des universitaires de la paix

Tuna Altinel, universitaire pour la paix, enseignant à l’université Claude Bernard-Lyon 1 depuis 24 années, a rejoint les Amitiés kurdes Lyon Auvergne Rhône-Alpes en décembre 2016, lors de la préparation d’une manifestation organisée pour dénoncer les agissements du régime turc envers les femmes.

Je me souviens de nos premiers échanges, où précis sur l’organisation de ce rassemblement, il tenait fermement à des mots d’ordre clairs, des slogans compréhensibles par la population qui transmettent le mieux possible la réalité du vécu des femmes de Turquie.

C’est un fidèle de nos réunions mensuelles. Nous sommes fiers, à Amitiés kurdes Lyon, de travailler avec lui à une vision de la Turquie que nous aimons libre, démocrate et pluriculturelle.

C’est ce Tuna que le régime turc a emprisonné pendant 82 jours et retient depuis avril 2019. Très discret, tant sur son travail d’universitaire que sur son engagement militant pour le respect des droits humains, son emprisonnement nous a fait découvrir ses nombreux engagements au service des droits humains.

Tuna Altinel prône une résolution pacifique aux conflits du sud-est de la Turquie. En 2013, il faisait partie des 116 professeurs d’université exhortant les institutions turques, et notamment la Grande Assemblée nationale de Turquie, à faire le choix de la paix et refuser une action militaire dans le sud-est de la Turquie. Après un cessez-le-feu de 3 ans et la reprise en 2015 du conflit kurde en Turquie, Tuna Altinel s’est rendu plusieurs fois sur les lieux, dès septembre 2015, une période où il y avait des combats dans la région et où les populations subissaient des couvre-feux.

En octobre 2015, un groupe composé d’une centaine de chercheurs, dont Tuna Altinel, a signé une lettre à la chancelière Angela Merkel, qui visitait la Turquie juste avant des élections législatives, pour exprimer la crainte que cette visite soit susceptible d’être perçue comme un soutien au Président et au Premier ministre de Turquie.

En janvier 2016, après avoir fait partie du premier groupe de 1 128 signataires de la pétition des Universitaires pour la Paix intitulée « Nous ne serons pas complices de ce crime ! », il a été fin janvier 2016 l’un des 132 intellectuels appelant l’Etat turc à venir en aide à des civils blessés en danger de mort durant le couvre-feu sur Cizre entre décembre 2015 et février 2016. Il a aussi été l’un des 170 universitaires à signer en janvier 2018 une lettre d’opposition à l’offensive militaire dans la région d’Afrin. Erdoğan a qualifié les signataires de « traîtres ». D’autre part, avec la multiplication des procès des Universitaires pour la Paix et la purge qui a suivi la tentative de coup d’état de juillet 2016, Tuna Altinel s’est naturellement investi dans la défense des Universitaires pour la Paix et, plus généralement, de la liberté d’expression.

En décembre 2016, il faisait partie des 542 diplômés du lycée de Galatasaray à appeler à la paix et à la liberté d’expression en soutenant les Universitaires pour la Paix.

Fin février 2017, il faisait partie des premiers signataires d’une pétition lancée suite au suicide de Mehmet Fatih Traş, un universitaire licencié après à sa participation au collectif des Universitaires pour la Paix.

En avril 2017, il a personnellement lancé un appel dénonçant l’exclusion d’universitaires du TÜBİTAK et a appelé à interrompre tout lien et toute collaboration avec cet organisme. Suite à son appel, le Conseil scientifique du CNRS a voté à l’unanimité une recommandation demandant au CNRS de « reconsidérer ses accords de collaboration avec le TÜBİTAK ».

Le 30 juin 2017, il faisait partie des six intervenants à une conférence de presse appelant à un boycott ciblé des universités turques et était signataire d’une pétition sur ce thème.

En mars 2018, avec les autres membres du bureau de l’association SUP-DDHT, le secrétaire général du SNESUP-FSU et un membre de l’INALCO, il signait une tribune dénonçant l’arrestation d’étudiants ayant manifesté à Istanbul contre une célébration de la victoire turque à la bataille d’Afrin.

Il a rédigé un article intitulé « Les procès contre les Universitaires pour la paix : extraits d’une comédie politico-juridique » paru dans un livre en août 2018.

Il a aussi été l’un des tout premiers signataires d’une pétition en faveur de Füsun Üstel, une universitaire pour la paix condamnée en appel le 25 février 2019 à 15 mois de prison ferme et incarcérée le 8 mai suivant.

Début avril 2019, près de 700 signataires, sur les 2 212 de la pétition, avaient été mis en procès pour « propagande pour une organisation terroriste ». Tuna Altinel étant l’un d’eux, a été auditionné le 28 février 2019 devant la 29e Haute Cour pénale de Çağlayan à Istanbul. Durant son audition, il a reconnu avoir apporté physiquement son soutien aux civils victimes de la guerre dans les villes subissant le couvre-feu imposé par l’armée turque.

Tuna Altinel est retourné en Turquie le 12 avril 2019 et son passeport lui a été confisqué à son arrivée à l’aéroport à Istanbul. Il s’est rendu le 10 mai 2019 à la préfecture dans l’espoir de récupérer son passeport, mais il a été mis en garde à vue, puis en détention provisoire le lendemain. Cette arrestation faisait suite à sa participation active,le 21 février 2019 à Villeurbanne, à une projection-débat intitulée « Cizre histoire d’un massacre » sur le massacre dans les sous-sols de Cizre du 7 février 2016, comme traducteur de Faysal Sarıyıldız, ancien député de Cizre en exil depuis 2016 et membre du parti d’opposition HDP.

À ce sujet il déclare :

Depuis septembre 2015, je me suis rendu à de nombreuses reprises dans plusieurs régions dont certaines mentionnées dans la pétition que j’ai signée. […] J’ai porté bien des sacs de provisions pour aider les victimes des destructions et des migrations forcées ; j’ai parlé avec ceux qui avaient perdu leur maison et leurs proches. J’ai fait tout cela de ma propre initiative, et ma devise était : si tous les citoyens turcs font comme moi, nous avancerons vers la paix. Vous trouverez les traces de mes efforts là où j’ai séjourné dans le quartier de Sur à Diyarbakir, à Nusaybin, à Cizre, à Hakkari et à Yüksekova. Monsieur l’avocat général les retient peut-être comme preuves contre moi. […] Je ne me suis pas contenté de signer la Pétition pour la Paix. Je l’ai mûrie, sentie, vécue. C’est moi qui ai rédigé ce texte. C’est moi derrière chaque mot.

Le 24 janvier dernier, il a été acquitté. Ses avocats ont demandé la restitution de son passeport, en vain à ce jour. Le procureur ayant fait appel de cet acquittement, la préfecture déclare ne pouvoir lui restituer, la décision finale étant du ressort de la Cour d’Appel.

Les Amitiés kurdes Lyon se sont mobilisées dès la confiscation du passeport de Tuna en impulsant la création d’un comité de soutien en lien avec celui des universitaires lyonnais et la Coordination lyonnaise Solidarité Kurdistan, en interpellant les élus locaux, en proposant aux différentes collectivités de voter des vœux de soutien demandant sa libération et son retour à Lyon et en organisant plusieurs rassemblements place de la république à Lyon.

Dès la rentrée, les Amitiés kurdes Lyon amplifieront les actions de sensibilisation afin que Tuna retrouve ses étudiants, ses amis associatifs et Lyon, sa ville d’adoption.

Thierry LAMBERTHOD
Président des Amitiés Kurdes de Lyon et Auvergne-Rhône-Alpes

Lyon le 10 juillet 2020