Le décret instituant la langue kurde comme langue nationale surprend et interroge
‘’En plein conflit avec les Kurdes, le président syrien reconnaît leurs droits nationaux Ahmed Al-Charaa a annoncé, vendredi soir, un décret instituant notamment la langue kurde comme langue nationale, qui pourra être enseignée dans les écoles. Le nouvel an kurde, le NewrozNouvel an kurde (21 mars). More, sera un jour férié officiel. Le président syrien, Ahmed Al-Charaa, a annoncé vendredi 16 janvier dans la soirée reconnaître par décret les droits nationaux des Kurdes dont la langue sera désormais officielle, au moment où il est engagé dans un conflit avec les forces kurdes qui contrôlent le nord du pays’’ (le monde 16/01/2026).
Cette annonce surprend. ‘’ Le Monde’’ note que pour la première fois depuis l’indépendance de la Syrie en 1946, la langue kurde pourra être enseignée dans les écoles et le Nouvel An kurde, le NewrozNouvel an kurde (21 mars). More, sera un jour férié officiel. Le chef de l’Etat islamiste aurait affirmé que les Kurdes constituaient « une partie intégrante » du pays et les auraient appelés à « participer à l’édification du pays ». S’engageant à « garantir leurs droits ». il accorde, aux termes de ce décret, la nationalité syrienne aux Kurdes, dont environ 20 % avaient été privés de leur citoyenneté à la suite d’un recensement controversé en 1962.
Ce décret arrive la veille de grands rassemblements, partout en Europe, exprimant une profonde inquiétude face à l’aggravation dramatique de la situation. https://www.akb.bzh/appel-a-la-solidarite-avec-les-resistances-kurdes-en-syrie-et-en-iran/
Ce décret arrive alors que l’armée syrienne pilonne les quartiers kurdes d’Alep tenus par les Forces démocratiques syriennes (FDSForces démocratiques syriennes, coalition comprenant les YPG/J, le MFS/HSNB, Thuwwar Raqqa, Liwa al-Tahrir, Jaysh al-Sanaded, Jaysh al-Thuwar (Liwa Al-Selaciqa, Shams al-Shamal, Jahbat al-Akrad, 99 infantry battalion, Atarib martyrs battalion, Liwa Sultan Salim). More, dominées par les Kurdes), et que les affrontements pourraient prendre une dimension régionale, la Turquie se disant prête à intervenir aux côtés du pouvoir syrien et Israël prenant la défense des Kurdes.
Ce décret arrive alors que s’enlisent les négociations pour appliquer un accord conclu en mars pour intégrer les institutions de l’administration autonome kurde au sein du nouvel Etat syrien.
Des questions légitimes se posent : est-ce la volonté d’aboutir à un accord ou un repli stratégique, dans un rapport de forces avec les Kurdes, qui ne manquent pas d’arguments ? et quid des pressions internationales ?
L’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie n’a pas tardé à réagir dans un communiqué dont voici les principaux extraits. Le ton, ferme sur les principes, laisse entendre une volonté d’obtenir un accord négocié pour une ‘’paix juste et durable’’.
AANES prend acte mais ne se laissera pas duper
‘’L’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie a pris acte du décret promulgué par M. Ahmed al-Charia, chef du Gouvernement intérimaire syrien, concernant les droits du peuple kurde en Syrie. Dans ce contexte, l’Administration autonome affirme que les droits ne sont pas protégés par des décrets temporaires, mais qu’ils sont garantis et consacrés par des constitutions permanentes exprimant la volonté de tous les peuples et composantes de la société syrienne….
Bien que nous considérions ce décret comme un premier pas, il ne répond pas pleinement aux aspirations et aux espoirs du peuple syrien, qui a consenti d’immenses sacrifices et mené une véritable révolution pour obtenir ses droits légitimes et bâtir un État démocratique où chacun puisse vivre libre et dignement, dans un climat de justice et d’égalité. L’Administration autonome démocratique réaffirme que la solution fondamentale à la question des droits et libertés en Syrie réside dans un dialogue national approfondi et une constitution démocratique décentralisée qui garantisse un véritable partenariat entre tous les Syriens et pose les fondements d’un État de citoyenneté et de justice sociale’’.
André Métayer