Cette fin d’année a été intense pour notre association. Intense en évènements, mais aussi en très bonnes émotions, car ce sont bien des décennies d’un travail acharné qui nous a amené à ce début décembre de fête.
Elle a commencé par la clôture du Festisol, qui a eu lieu encore une fois, grâce au soutien et à l’organisation de la Maison internationale de Rennes, que l’on remercie encore, ce 8 décembre dernier.
Un long chemin vers la paix au Kurdistan turc
Nous avions, à cette occasion, proposé une conférence intitulée Un long chemin vers la paix au Kurdistan turc ; perspectives politiques, écologiques et sociales de sortie de conflit, avec comme invité-es Gültan Kışanak, ancienne co-maire de la métropole de Diyarbakır de 2014 jusqu’à sa destitution en 2016, Ezgi Celik d’un mouvement pour l’écologie en Turquie et Bişar Içli du département de l’écologie à Diyarbakır.
La salle était complète, beaucoup de Kurdes et aussi quelques figures de la Maison internationale, du Centre démocratique et culturel kurde et de la mairie de Rennes, nous les remercions encore de leur présence.
André Métayer a ouvert la soirée par un accueil chaleureux de la délégation, en associant Faruk « l’indispensable », à cette rencontre ainsi que la mémoire de toutes et tous les disparues (militant-es d’AKB et bien sûr la figure de Rojbîn Fidan Dogan).

« Quelle joie, chère Gültan, quel honneur, quelle émotion de vous accueillir parmi nous, dix ans après un certain 3 décembre 2015. Vous veniez de visiter une exposition sur ’’Ben U Sen’’ de nos deux photographes, Gaël Le Ny et François Legeait, avant de vous rendre, ici, dans ce même auditorium de la MIR, pour un émouvant hommage à Me Tahir Elçi, avocat, bâtonnier de Diyarbakır qui venait d’être exécuté d’une balle en pleine tête, le 28 novembre précédent. »
Il a rappelé les étapes de ce long chemin parcouru ces trente dernières années au côté du peuple kurde, qui aboutit aujourd’hui au jumelage de Rennes et de Diyarbakır (capitale du Kurdistan turc). Sans oublier cette longue traversée du désert qu’a été pour Madame Kışanak son emprisonnement pendant 8 ans… « Il reste beaucoup de pages à écrire » a-t-il conclu.
Gültan Kişanak est d’abord intervenue pour rendre compte de ce « nouveau processus » que constituent les négociations de paix. Ce dernier est dû à deux phénomènes essentiels. D’une part le peuple kurde n’a jamais abandonné malgré les oppressions, et d’autre part la situation géopolitique engendre aujourd’hui de nouveaux équilibres au Moyen Orient.
Démocratie, Droits des femmes, Ecologie, trois piliers du Confédéralisme démocratique
Un nouveau modèle est nécessaire, à l’image de ce qui est expérimenté au Nord-Est Syrien. Elle rappelle qu’il faut dissocier le dépôt des armes annoncé par Ocalan, « un choix de responsabilité politique et historique », et les négociations actuelles avec l’Etat turc. Il s’agit pour le peuple kurde de se frayer un chemin par la voie démocratique. La bonne foi de l’Etat turc est encore à prouver, elle pourrait s’illustrer par l’inscription des droits du peuple kurde dans la Constitution, ou le droit d’utiliser leur langue maternelle par exemple.
D’autres craignent que les avancées ne soient que culturelles et tuent les revendications politiques associées : le Confédéralisme démocratique dont les trois piliers sont, pour rappel, la démocratie, les droits des femmes et l’écologie.
La gestion participative et citoyenne des terres renforce la démocratie locale

Puis Ezgi nous présente l’évolution écologique de la région en illustrant la pénurie d’eau et les coupes rases de forêts environnantes de Diyarbakır, en nous montrant des images satellites de l’état des terres du début des années 90 à aujourd’hui (forêts et villages brulés, barrages etc.). Ces destructions irréversibles sont intrinsèquement liées à la guerre contre les Kurdes. Mais elle nous met aussi en garde contre les pollutions futures qui viendront des mines. Il est prévu qu’elles se réouvrent un peu partout au Kurdistan. Cela nous rappelle les prospections actuelles qui se font aujourd’hui sur les terres bretonnes, pour trouver des gisements de métaux précieux afin d’ouvrir de nouvelles mines, rappelons-le, les plus polluantes qui existes. Pour aller plus loin : https://www.stop-taranis.org/
En effet, il y a des destructions écologiques pendant de la guerre, mais aussi en temps de paix. Elle parle ici
« d’éco-massacre et d’acculturation ». « Cela a fait disparaître le lien de chacun à sa terre, des constructions irraisonnés de barrages ont été mené sous une politique de l’eau capitalistes et destructrice. Aujourd’hui encore, sont votées des lois autorisant les entreprises capitalistes à s’installer sur des terres riches en minéraux, gaz, pétrole, au détriment de l’agriculture durable. La paix passe aussi par l’interdiction de ces accaparements. Il est essentiel de retrouver une gestion participative et citoyenne des terres et renforcer la démocratie locale. »
Faire de l’écologie une priorité
Bişar intervient sur la transmission des savoirs ancestraux ; il a collaboré longtemps avec Gültan Kışanak. Il a déjà aménagé des espaces d’éducation autour de l’écologie et constitué une bibliothèque de graines. Ses ateliers accueillent des enfants, des femmes, et des personnes à besoins spécifiques comme des personnes souffrant de handicap. Son ambition est aussi le développement du maraîchage durable, qui serait équivalents au biologique chez nous, ainsi que la culture des herbes aromatiques et médicinales en se basant sur les savoirs des femmes (comme à Jinwar au Kurdistan syrien). Sensibiliser aux questions environnementales, c’est aussi organiser des échanges de graines afin de garder en notre possession des graines reproductibles et ainsi garder une autonomie alimentaire.
Pour lui, la paix passe par une autre politique dans laquelle la terre, l’eau, les activités agricoles seront sous la responsabilité du peuple kurde. La résistance doit s’organiser dans ce sens, « les collectivités locales devraient faire de l’écologie une priorité, tant dans l’aménagement urbain que dans la vie sociale. » affirme-t ’il.
Gültan Kışanak : asseoir notre force à l’international
Gültan Kışanak conclura cette soirée : « Certes les forces ne sont pas égales dans le monde mais les équilibres bougent, l’eau est une force, mais aussi le dialogue, les valeurs, la parole. Nous allons chercher à asseoir notre force à l’international. Nous ne pouvons pas tourner le dos à nos luttes ». Voir aussi : https://kurdistan-au-feminin.fr/2025/12/09/rennes-conference-sur-le-kurdistan-avec-gultan-kisanak/
La remise du prix de la Fondation Danielle Mitterrand


Puis nous partons à quatre (et demi) membres de l’association pour Paris afin d’assister à la remise du prix de la Fondation Danielle Mitterrand entre autres à Gültan Kışanak – incarnation de la résistance et de la lutte kurde au Kurdistan Turc – mais à tou-tes les artisan·nes des résistances démocratiques du Kurdistan du Nord (Bakur). Cette soirée s’est tenue dans un magnifique salon de l’Académie du climat dans le 4eme arrondissement. Une soirée bien remplie, « tout le monde » était là.
Le pot final a malheureusement dû être annulé pour laisser la totalité des invité-es parler, mais nous avons quand même pu profiter du concert prévu de Piya Özçelik et Yiğit Mengüverdi. Piya qui assurait d’ailleurs aussi la traduction de la soirée avec une aisance remarquable.
Voir aussi : https://fondationdaniellemitterrand.org/revivez-la-soiree-de-remise-du-prix-danielle-mitterrand-2025/
Signature de l’accord de jumelage entre les villes de Rennes et de Diyarbakir

Enfin, nous rentrons à Rennes le lendemain pour rejoindre les grands salons de la mairie de Rennes afin d’assister à la signature de l’accord de jumelage entre les villes de Rennes et de Diyarbakir. Nathalie Appéré, Maire de Rennes et Présidente de Rennes Métropole, accueille les co-maires actuel-les de Diyarbakır, Serra Bucak et Doğan Hatun, en présence de nombreuses personnalités, des élus municipaux et des personnels a de la ville, dont ceux du Service International et Europe.
A peine les salutations des visages connus faites, un « fest-noz » organisée par le Cercle celtique de Rennes, se lance. C’est amusant d’y voir nos amis kurdes y danser avec plus d’aisance que certain-es d’entre nous !

Les discours de Nathalie Appéré, Flavie Boukhenoufa, et de Serra Bucak et Doğan Hatun s’en suivent, amicaux et sincères, rappelant cette longue histoire en commun qui prend sa source en 1979 lorsque Edmond Hervé, alors maire de Rennes, décide de faire don de bus à la ville de Diyarbakır. C’est avec beaucoup d’émotion que nous témoignons de cette signature qui ouvre des perspectives réjouissantes. Avec pour plus jeune témoin, un bébé de 4 mois ! La soirée se poursuit sur le concert de Piya qui a suivi la délégation de bout en bout. Ce fut aussi l’occasion d’échanger des cadeaux, André a été gâté et l’image de son sourire amusé dans son T-shirt de l’équipe de foot d’Amed (Diyarbakır en Kurde), restera gravée dans nos mémoires.

Nous remercions infiniment tou-tes les acteurs et actrices de ces événements qu’ils ou elles soient rennai-ses, Prisien-nes, d’Amed, Français-es, Kurdes et d’ailleurs.
Voir aussi : https://kurdistan-au-feminin.fr/2025/12/11/signature-de-laccord-de-jumelage-entre-rennes-et-diyarbakir/
https://www.cercleceltiquederennes.org/
Membres d’AKB
Photos G. Le Ny
