‘’La théorie de la rose’’, Ces femmes qui luttent

Abdullah Öcalan appelle la résistance des femmes kurdes « la théorie de la rose », et ce roman, du nom éponyme, met ces femmes en valeur en plongeant le lecteur au cœur d’une unité de défense des femmes du YPJ (‘’ Les YPJ sont une force militaire d’autodéfense entièrement féminine, fondée en 2013 dans le but de protéger le peuple et les femmes du Rojava ainsi que leur droit à l’autogestion’’). Elles se nomment Beritan (leader, commandant l’unité), Adiya, Edo, Rojda et la narratrice dont la plume est tenue par Simone CENSI qui nous écrit :’ Cet ouvrage rend hommage aux femmes des YPJ, à leur courage et à la portée symbolique de leur lutte qui dépasse largement le cadre du Moyen-Orient. A travers la métaphore de la rose – sa beauté, sa fragilité, ses épines -, j’ai souhaité explorer la manière dont les femmes transforment la violence subie en auto défense, dignité et liberté’’ .*

Simone CENSI, auteur déjà de plusieurs romans, nous fait apparaitre des visages, des voix, des sentiments, des émotions. Il nous permet de suivre une de ces unités de femmes dans les années 2014 à 2017 participant les armes à la main à repousser Daesh. Dans un monde marqué par de profondes inégalités, les combattantes de l’Unité de défense des femmes (YPJ) incarnent cette lutte. En Syrie et en Irak, elles s’opposent aux milices de l’ISIS et défendent les peuples kurdes et yazidis. Leur combat transcende le champ de bataille, représentant une révolution culturelle et sociale visant à libérer les femmes du joug patriarcal. On découvre aussi que ces femmes ne sont pas si différentes des femmes du monde occidental qui luttent chaque jour pour leurs droits et leur dignité. Elles combattent de manière différente.

Refermons ce livre, ‘’La théorie de la rose’ ’avec ces dernières pages (pages 172/173) et Rojda, personnage de roman qui semble ressembler à Rojda Fêlât commandante kurde syrienne des YPJ, ardente partisane du confédéralisme démocratique d’Abdullah Öcalan, admiratrice de Sakine Cansiz (assassinée à Paris le 9 janvier 2013, avec Rojbîn Fidan Doğan et Leyla Söylemez). 

‘’Rojda, avant d’être une commandante crainte et respectée, déterminée et aimée de ses troupes, est avant tout une femme. Une femme qui lutte pour toutes les autres femmes, qui combat pour créer un nouvel ordre dans cette terre meurtrie et pour briser les chaines qu’une société patriarcale leur a imposées. Chaque action qu’elle accomplit est un acte de résistance, un pas vers un avenir où la liberté et l’égalité peuvent enfin prévaloir. Rojda est une femme, une femme qui a pris le fusils entre ses mains pour protéger elle-même et toutes les autres femmes, celles qui, comme les roses, ont le droit de s’épanouir. Avec la force de leurs épines, elles ont défendu ce droit, luttant contre un monde qui a tenté de les étouffer. Rojda, avant d’être une combattante, est une femme. Une femme qui lutte pour toutes celles qui vivent dans un monde qui trop souvent les traite comme des objets, leur refusant l’espace et la dignité qu’elles méritent. Elle combat contre des disparités incompréhensibles, qui engendrent des paradoxes aussi inexplicables qu’ambigus . Son combat est un symbole de résistance et d’espoir, une voix qui s’élève pour toutes celles qui cherchent un avenir plus juste.

Rojda utilise la mitraillette et des mortiers, démine des terrains, et mene des hommes à la victoire. C’est la révolution des roses, car Rojda est une femme. Une rose’’.

André Métayer

La théorie de la rose Ces femmes qui luttent
Un roman de Simone CENSI
édité par L’Harmattan
Collection : Peuples cultures et littératures de l’Orient
Paru le 3 juillet 2025, 176 pages, 19 €