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Après l’attentat d’Istanbul, “vengeance”, le mot indigne dans la bouche d’un chef d’Etat

Au lendemain de l’attentat d’Istanbul du 10 décembre, qui a fait 44 morts – pour la plupart des policiers – et de nombreux blessés, attentat que nous condamnons, le président Erdoğan a lancé une nouvelle vague d’arrestations visant principalement le HDP, dont il qualifie régulièrement ses membres de “terroristes”. À Istanbul, Ankara, İzmir, Mersin, Adana, Antep, Urfa, Hakkari et Manisa, pas moins de 568 personnes ont été arrêtées aux dires du ministère de l’Intérieur et, à ce jour, les interpellations et perquisitions continuent. Caglar Demirel, députée de Diyarbakir, vice-présidente du groupe parlementaire et porte-parole du HDP et Besime Konca, députée de Siirt, ont été mises en détention, allongeant ainsi la listes des députés HDP déjà incarcérés, dont les deux co-présidents Selahattin Demirtaş et Figen Yüksekdağ. Le siège du HDP d’Istanbul a été complètement pillé et couverts de graffitis haineux, encouragés par les propos du ministre de l’Intérieur et ceux du président de la république, indignes dans la bouche d’un chef d’Etat : “la première priorité des forces de sécurité de la République de Turquie sera de se venger de ceux qui ont fait cela”.

Cet attentat a été revendiqué par les Faucons de la Liberté du Kurdistan (TAK), qu’Erdoğan qualifie de faux-nez du PKK et que toute la presse occidentale présente comme “proche du PKK”, mais personne n’en sait rien. “La police turque ignore presque tout de ce groupe, leur nombre, leur chef opérationnel et leur éventuel lien avec le PKK” avoue même Sinan Ülgen, directeur du centre de recherches en économie et en politique étrangère (EDAM), basé à Istanbul. L’hypothèse d’un groupe manipulé par le pouvoir n’est pas non plus à exclure, Erdoğan étant un expert en matière de coups tordus. Nous écrivions déjà en 2011 :

la répression tous azimuts et la situation de blocage voulu par le pouvoir affaiblissent la position de ceux qui recherchent une issue négociée et favorisent l’éclosion de groupuscules de plus en plus nombreux, de plus en plus radicaux, de plus en plus incontrôlables mais facilement manipulables, y compris par les « forces spéciales » adeptes de « coups tordus » qui n’en sont pas à leurs coups d’essai.

Pour régler la question kurde et asseoir son pouvoir absolu, Erdoğan a choisi la violence la peur et la répression, sa cible préférée car la plus dangereuse pour lui étant le Parti démocratique des Peuples (HDP) qui, comme son nom l’indique, rassemble à gauche, bien au-delà du seul peuple kurde. On peut douter de l’efficacité, à long terme, de cette stratégie qui consiste, comme l’explique Natalie Martin, spécialiste de la Turquie à la Nottingham Trent University, à “faire taire l’opposition”.

A chaque député du HDP qui est arrêté, c’est la démocratie qui perd

“A chaque député du HDP qui est arrêté, c’est la démocratie qui perd, c’est la Turquie qui perd” a notamment déclaré Cabbar Leygara, co-président du HDP, lors d’une conférence de presse, ce mardi à Diyarbakir, martelant avec force que les Kurdes “veulent faire de la politique dans une démocratie en paix”.

Hişyar Özsoy, vice-coprésident du HDP, député de Bingöl, a, au nom du Comité exécutif central du HDP, rappelé que son parti avait, immédiatement après l’attentat d’Istanbul, publié un communiqué condamnant cet acte et confirmé cette position :

nous condamnons ces attaques dans les termes les plus forts. Nous ressentons une grande tristesse et partageons la douleur. Nous tenons à exprimer nos condoléances aux défunts, souhaitons un prompt rétablissement aux blessés et transmettons notre profonde sympathie à leurs familles. Chacun doit faire son devoir pour mettre fin à cette douleur et empêcher que de tels maux se reproduisent. Il est nécessaire de mettre immédiatement fin aux politiques, discours et tons qui ne font que provoquer d’avantage de tensions, de polarisations, d’hostilités et de conflits.

André Métayer