Soutien aux Kurdes... là-bas

Genève 2010 : le 4e Congrès mondial contre la peine de mort sauvera-t-il l’Américain Abu Jamal et la Kurde iranienne Şirin Elemmuhoyi ?

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Le 4e Congrès mondial contre la peine de mort se tient à Genève depuis ce mercredi 24 février. Dans le cadre symbolique du Palais des Nations, siège des instances de l’ONU consacrées à la défense des Droits de l’Homme, se succèdent des intervenants de tous horizons ; ce 4e congrès a en effet pour ambition de fédérer toutes les forces abolitionnistes, tous les acteurs, qu’ils soient dirigeants politiques nationaux, militants associatifs ou représentants d’organisations internationales.

On peut lire dans Ouest France du 25/02 une interview de Lili Cosson du MRAP et de Jean-Paul Tual du comité “Vie Sauve pour Mumia”. Mumia Abu Jamal, qui n’a pas eu droit à un procès équitable, est détenu depuis 27 ans dans le couloir de la mort de la prison de Philadelphie et crie depuis toujours son innocence ; mais au delà de ce cas emblématique, c’est toute une campagne d’information sur l’abolition de la peine de mort que le Congrès de Genève veut lancer, relayée par des initiatives locales comme celles prévues par du comité “Vie Sauve pour Mumia” devant le consulat des États-Unis, en avril prochain.

cent_edited.jpgLe Congrès mondial est invité à entendre les témoignages des victimes de châtiments cruels, inhumains et dégradants dont l’ultime est la peine de mort ; des militantes kurdes du CENI (Bureau des Femmes kurdes pour la Paix) ont présenté celui de Şirin Elemmuhoyi, militante du PJAK[[“Parti pour une Vie libre au Kurdistan”, le PJAK, créé en 2004, est un mouvement proche du PKK qui mène des attaques armées contre les forces de sécurité iraniennes ; au nombre de 8 millions en Iran, les Kurdes y sont victimes de discrimination religieuse, économique et culturelle.]], condamnée à la peine capitale par un tribunal iranien. Şirin Elemmuhoyi a été arrêtée à Téhéran au mois d’avril 2008 par la police et livrée aux gardiens de la révolution qui, avant même de l’interroger, se sont mis immédiatement à la rouer de coups :

ils me battaient jusqu’à ce que je m’évanouisse ; à l’appel de la prière ils partaient prier, non sans me sommer de bien réfléchir durant ce temps. A leur retour, c’étaient à nouveau, coups, tortures, évanouissements et jets d’eau froide ; ils posaient des questions sans attendre les réponses : Ecoute ma fille, nous savons que tu es une terroriste ; que tu parles ou que tu ne parles pas, on s’en moque : nous sommes tellement heureux de tenir entre nos mains une terroriste du PJAK.

Un médecin, venu pour l’examiner, l’a fait transporter à l’hôpital, non pas pour la soigner, mais pour lui administrer une piqure de penthotal et la faire passer aux aveux, sous l’œil impudique des caméras de la Télévision d’Etat.

Transférée à la section 209[[

Les détenus dits ‘politiques’ écopent, eux, d’un traitement plus draconien. Ils disposent de leur propre section : la fameuse ‘209’, une sorte de ‘prison dans la prison’, apparemment à la discrétion des services de renseignements. D’après les témoignages recueillis auprès de différents ex-détenus, la section 209 serait uniquement composée de mini-cellules individuelles, d’environ 1 mètre sur 1,80 mètre, et dans lesquelles chaque prisonnier est totalement coupé du monde. (Le Figaro 30/12/2009).]] de la prison Evin de Téhéran, les interrogatoires ont recommencé : La section 209 avait ses propres techniques et méthodes d’interrogatoire : la politique dite ‘du fouet et du sucre’ : après des séances de violences venaient les séances d’intimidation au cours desquelles les tortionnaires clamaient haut et fort qu’ils étaient au dessus des lois et qu’ils pouvaient agir à leur guise ; par la suite venaient des tortionnaires ‘gentils’ offrant une cigarette et conseillant de cesser toute résistance. Puis, le cycle infernal recommençait.

Depuis, condamnée à la peine de mort, Şirin Elemmuhoyi est sous la menace d’une exécution[[Ehsan Fattahian a été exécuté le 11 novembre 2009 et il reste au moins 19 Kurdes – 17 hommes et deux femmes – dans le quartier des condamnés à mort (source : Amnesty international).]].

André Métayer