Soutien aux Kurdes... là-bas

Kadir nous écrit : “tout ce qui emprisonne l’être perd son sens. Le bagnard crée sa liberté”

Intérieur de la prison d'Izmir

Intérieur de la prison d'Izmir
Intérieur de la prison d’Izmir
Kadir a été condamné le 2 octobre 2009 par le tribunal d’Izmir à une peine de prison de 11 ans et 3 mois, 11 ans et 3 mois dans les cellules de type F, c’est-à-dire dans un isolement carcéral difficile à supporter ; arrêté et jeté en prison le 4 janvier 2008, il a déjà passé deux ans dans cet univers inhumain.
Dans un courrier adressé à ses amis bretons, il fait savoir combien les cartes postales qui lui sont envoyées lui sont un réconfort et nous livre son secret : berxwedan jiyane – résister, c’est vivre.

L’embastillé, lorsqu’il porte sa tête à son oreiller, ne rencontre nulle étoile à contempler, nulle cité dans les rues de laquelle il pourrait se perdre, mais son cœur trouve toujours, tel un papillon, un espace où se poser : une fleur, peut être, un autre cœur et, pourquoi pas, un pays dont il pourrait sillonner librement les rues. Pendant ces nuits, isolé, le détenu est partout sauf dans sa cellule. Il est parmi la foule, alors qu’il suit les pas des petits généraux dans les rues et sur les boulevards des villes, tout à coup il se reflète sur un visage noirci d’un mineur. Sans jamais ressentir de fatigue, il chemine; la nuit est longue et tout autant mystérieuse. Le condamné, tel un Prophète, sillonne mystérieusement la planète d’un bout à l’autre. Et maintenant, dans une tente héritage des sociétés claniques, on le retrouve aux côtés de ses amis bretons. Le vin est dégusté, à la lumière de la lune; on danse des danses celtiques autour d’un feu. L’âme unificatrice et réunificatrice du feu, cette qualité qui lui est intrinsèque, se revigore. Les travailleurs sont en train de penser à la journée de labeur du lendemain et, alors qu’ils se retirent dans leur coin, le prisonnier, lui, continue son voyage.

Nombreux sont les lieux où nous ne pouvons aller, nombreux sont les cœurs d’opprimés, de héros et de guerriers dont nous ne pouvons pas être les hôtes. Nous n’avons pu suivre l’écoulement que de quelques cours d’eau. Mais la vie ne se résume pas qu’à cette nuit; ce court voyage n’était que le premier de cette première nuit. Plus les nuits s’enfonceront dans l’obscurité, et plus les détenus, allumant dans leurs réflexions libres un flambeau, les éclaireront et ruisselleront vers l’éternité et la liberté. Dans ce périple, le temps, l’espace, l’obscurité, les barbelés, les frontières et tout ce qui emprisonne l’être perdent tout leur sens. Le bagnard crée sa liberté.

Kadir Dilsiz