Soutien aux mouvements démocratiques

Le Larzac invite les Kurdes au marché paysan de Montredon

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Joli pied de nez à la « Dépêche du Midi » qui, le 27 février dernier, croyait tenir un scoop : les “autochtones” du Larzac auraient vivement conseillé aux touristes et aux curieux d’éviter de se promener autour de la bergerie Mas Razal “soupçonnée de servir de camp d’entraînement pour les jeunes recrues du PKK” ; et de conclure : “cette enquête, ouverte à la fin du mois de décembre 2008, pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, n’est cependant pas terminée. Peut-être les interpellations permettront-elles aux enquêteurs de définir avec plus de précision l’usage fait de la bergerie par le PKK”.

la_fete.jpgLa réponse ne s’est pas fait attendre et les “autochtones” du Larzac ont offert le 25 août dernier une tribune aux Kurdes et à leurs amis à l’occasion du fameux marché paysan de 18 heures à Montredon, modeste hameau de Roque-Sainte-Marguerite (Aveyron), qui draine chaque mercredi, durant les mois de juillet et d’août, un millier de visiteurs et d’acheteurs venus des communes voisines, mais aussi des fidèles vacanciers et des touristes de passage.
L’association de Montredon tisse un lien direct entre les paysans producteurs et les consommateurs en proposant, en fin de marché, un immense pique-nique avec les produits achetés sur place et la possibilité d’échanger sur les sujets du moment : la sécheresse mais aussi la crise, les efforts déployés pour offrir des produits du terroir de qualité, l’artisanat…

“La brebis qui lit”, librairie de L’APAL (Association pour l’aménagement du Larzac) a accueilli ce mercredi les Amitiés kurdes de Bretagne, qui ont pu ainsi présenter leurs activités et dialoguer avec les passants ; les musiciens kurdes ont commencé à faire entendre leurs mélodies endiablées et le public se mêler aux danseurs kurdes : la soirée, animée par le groupe kurde Koma Azad dont le soliste vient de la montagne Ararat, s’est terminée tard dans la nuit.

Le concert a été introduit par un débat sur la question kurde et la situation des Kurdes, formant non pas une minorité mais un peuple minorisé et nié en Turquie, mais aussi en Iran, en Syrie et vivant une situation tout à fait particulière en Irak ; la question du PKK était évidemment attendue et le public, très à l’écoute, a vite compris : “le PKK n’est pas une organisation terroriste”, cette allégation, purement politique, reprise en boucle par toute la presse y compris par la « Dépêche », n’a aucun fondement juridique.
Il faut dire que ce public-là est un public averti. Il a lui aussi mené des luttes très dures pour défendre ses terres : terrain_militaire.jpg“à Montredon, sur le vaste Causse du Larzac, les maisons en pierres et aux toits de lauzes ont résisté au temps et à l’extension du camp militaire prévue dans les années 70.” (www.gitedemontredon.fr)

Le seul lieu possible où des rebelles du PKK pourraient s’entrainer serait précisément, disent malicieusement quelques militants de cette époque, ce vaste terrain militaire de l’armée française qui jouxte Montredon, bien ceinturé tous les cents mètres d’écriteaux menaçants : ‘terrain militaire, défense d’entrer”, “champ de tir, danger de mort”.

Après un été particulièrement meurtrier, l’État turc va-t-il saisir l’opportunité offerte une fois encore par les rebelles du PKK qui viennent de décréter une nouvelle trêve unilatérale ? Un signe est attendu avec le procès qui s’ouvre concernant les “151” premiers accusés des 1 500 détenus préventivement dans les prisons turques : des maires, des anciens maires, des avocats, des présidents d’associations de droits humains, des responsables nationaux, régionaux et locaux du parti pro kurde Parti pour la Paix et la Démocratie (BDP).

Un appel a été lancé pour qu’une délégation du Larzac soit présente à Diyarbakir le 18 octobre à l’ouverture du procès des “151”. A noter qu’un habitant de Montredon a été particulièrement attentif : il s’agit de José Bové, député européen (Verts/Alliance Libre européenne), membre du groupe d’amitié avec le peuple kurde au Parlement européen.

André Métayer