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Le Premier Ministre tchèque Andrej Babiš soutient Erdoğan

S’exprimant à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU le 25 septembre, le Premier Ministre tchèque Andrej Babiš, (ami du hongrois Viktor Orbán) a soutenu les projets du président turc Recep Tayyip Erdoğan visant à créer une “zone tampon” dans le nord de la Syrie. “Cela va, entre autres, nuire au gouvernement autonome kurde” écrit Pavel Pečinka, journaliste, écrivain, rédacteur en chef d’A2larm (magazine bimensuel en ligne, de gauche radicale).

La position de Babiš compromet la République tchèque aux yeux des Kurdes de Syrie du Nord et fait de Prague un stupide vassal d’Ankara. Cette position n’a été critiquée ni par les partis de la coalition gouvernementale, ni par l’opposition,

déplore Pavel Pečinka,

sans doute pour des raisons “touristiques” et économiques, notamment en raison de projets importants en matière d’armement de fabrication tchèque.

Pavel Pečinka déplore en particulier le silence du Parti Pirate, troisième force politique de la République tchèque et peut-être bientôt deuxième, avec 22 députés, un sénateur et plusieurs maires élus dont celui de Prague, ainsi que trois députés européens siégeant au parlement dans le Groupe des Verts/Alliance libre européenne (Verts/ALE).

Où a-t-on déjà entendu une seule rumeur de Prague contre la dernière déposition de maires élus de villes kurdes, contre de nombreuses années de punition pour avoir “insulté” le président sur les réseaux sociaux, contre l’emprisonnement de dizaines de milliers de personnes, y compris des otages étrangers ? Un homme politique tchèque au niveau de l’UE a-t-il proposé un embargo économique commun contre la Turquie, ou a-t-il au moins appelé à un boycott symbolique des vacances dans ce pays ? Quelqu’un a-t-il initié la création d’un comité anti-répression qui tiendrait compte du sort de dizaines de milliers dans les prisons à Izmir, à Van et dans d’autres régions ? Quelqu’un a-t-il pensé à Prague à réunir toutes les composantes acceptables de l’opposition turque et kurde afin de rapprocher la nouvelle Turquie de l’UE ? La République tchèque se présente au niveau international comme un ami compréhensif ou pragmatique des régimes autoritaires à Budapest, Varsovie, Moscou, Pékin, Damas et Ankara, et contribue indirectement à étouffer les groupes minoritaires et vulnérables – chez nous et à l’étranger.

« Initiative des millions de moments pour la démocratie »

Premier Ministre de la République tchèque, Andrej Babiš, milliardaire (2° fortune du pays), à la tête de l’ANO, une formation politique de centre-droit, libérale et populiste, est soupçonné de fraude à son profit aux subventions européennes dans l’affaire dite du Nid de Cigognes, alors qu’il dirigeait le groupe agroalimentaire Agrofert. Le mouvement populaire “Initiative des millions de moments pour la démocratie” qui, au cours des six premiers mois de l’année, est parvenu à organiser des manifestations de grande ampleur contre le chef du gouvernement tchèque, prévoit d’amplifier le mouvement le 16 novembre prochain, à la veille du 30e anniversaire de la Révolution de Velours qui a vu l’élection du dissident Václav Havel à la présidence. Les Pirates tchèques doivent en partie leur ascension aux soupçons de détournement de fonds européens visant le premier ministre Andrej Babiš.

André Métayer