Soutien aux Kurdes... là-bas

Qandil : des combattants pour une vie libre

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Photographe, autodidacte, Gaël Le Ny, 42 ans, vit à Rennes où il enseigne dans une école de photographie. Travaillant en freelance, il a signé des reportages pour “Etonnants Voyageurs” (festival du livre de Saint Malo). Ses recherches l’ont conduit vers la photographie à caractère social et plus particulièrement vers les “peuples niés”. C’est donc naturellement qu’il s’est rapproché de la communauté kurde de Rennes et réalisé une expo-photo, “Karapinar”. Il a fait aussi de nombreux voyages au Kurdistan de Turquie : son catalogue photo est impressionnant. Il revient d’un reportage qu’il souhaitait faire depuis longtemps : aller rencontrer les forces combattantes du PKK retranchées dans les monts Qandil, au “Kurdistan sud” (région autonome kurde d’Irak).

IMG_0249.jpgAndré Métayer – Gaël, tu es avant tout un photographe ; c’est ton métier, mais photographier les Kurdes c’est devenu pour toi une passion, c’est ta façon à toi de témoigner.

Gaël Le Ny – oui, le déclic c’est la rencontre avec les Kurdes de “Karapinar”. Quelle émotion dans les regards de ces hommes et de ces femmes détruits en même temps que leur village incendié par l’armée turque! La photographie permet de comprendre l’autre ; pas besoin d’interprète.

A. M. – Il y a aussi tes photos de Diyarbakir, le Dersim, Hakkari, Mus, Varto, la zone frontalière de Turquie avec ses voisins syrien, irakien et iranien…, et maintenant Qandil.

Gaël Le Ny – Je voulais voir au bout de mon objectif ces hommes et ces femmes qui acceptent de vivre dans des conditions extrêmes pour défendre une cause, en sachant pertinemment que cet engagement sera sans retour avant longtemps. J’ai rencontré, par exemple, Jaffer qui est “dans la montagne” depuis 25 ans. Mais j’ai rencontré aussi Söze, une jeune femme kurde de Turquie venant tout juste de quitter la vie confortable (à comparer à celle de Qandil) au sein de sa famille émigrée dans l’un des pays de l’Union européenne.

A. M. – Tu reviens avec des photos et un reportage, qui je l’espère, vont intéresser les medias, car c’est assez exceptionnel de pouvoir se rendre là-bas. Tu acceptes de nous présenter une photo, une photo d’un campement : pourquoi ce choix ?

Gaël Le Ny – Cette photo, c’est la quintessence d’une situation concrète, y compris celle de sa réalisation qui doit respecter les règles de sécurité ; nous somme le 12 août 2011, après l’attaque des troupes terrestres iraniennes, et on sait que se prépare, avec l’appui logistique de l’OTAN, une grosse offensive aérienne et terrestre, turco-iranienne. Les photos ne doivent donner aucune indication topographique ; on voit une combattante, Söze, dans son espace, près d’une crête, qui, on l’imagine, domine une succession de monts et de vallées.

A. M. – Söze est seule ?

Gaël Le Ny – Oh que non! Les armes et les chaussures trahissent la présence d’une petite unité combattante. C’est un poste avancé, à 2500 m d’altitude, qui “tient” une position, surveille et protège les autres unités tapies au creux des vallées, avec l’intendance et la logistique.

A. M. – L’équipement est sommaire.

Gaël Le Ny – Ce n’est pas livrer un secret militaire que de dire que tout est conçu pour être avant tout le moins repérable possible : des liaisons radio et téléphoniques sécurisées et, en tout et pour tout, deux “mangas” : l’un sert de dortoir, l’autre de cuisine et de réserves ; les repas sont frugaux, surtout à base de riz et de cadcik (concombres râpés)

A. M. – Mais on n’a pas oublié la théière !

Gaël Le Ny – Ni les cigarettes (mais on ne fume pas devant les caméras !). On remarquera le calme et la dignité du personnage central ; c’est impressionnant ; aucun stress, tout semble tranquille. J’ai été frappé, dans les discussions avec le groupe, par le ton et la liberté de parole de chacun, la camaraderie, l’humour ; bien sur les règles de discipline doit êtes respectées et on ne transige pas avec les mesures de sécurité. On sent des gens profondément humains, pas fanatiques mais des personnalités affirmées et tranquillement déterminées.

A. M. Söze s’est laissée prendre en photo sans difficulté ?

Gaël Le Ny – C’est elle qui a été la première à souhaiter témoigner à visage découvert et poser pour une photo. Ce n’est pas une attitude narcissique, plutôt un message à sa famille pour dire : “je suis bien arrivée” ? Ou un message prémonitoire, un message d’adieu ?