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TRADUCTION Kurdish Info

Interview menée par John Tobisch-Haupt de l’Initiative Internationale pour la libération de Abdullah Ocalan.

31 août 2007.

Le 1er mars de cette année vous et votre collègue Irfan Dundar avez déclaré à une conférence de presse à Rome que votre client avait été empoisonné. Qu’est-ce qui vous à mener à le penser ? Est-ce toujours le cas pour vous ?

Il n’est pas nouveau pour nous que notre client souffre de graves problèmes de santé ; ou plutôt, que son état de santé a empiré au cours des trois dernières années du fait de la difficulté de sa situation. Nous en avons fait part plusieurs fois aux autorités turques. Notre client est régulièrement soumis à un examen médical, mais ces examens ne sont en fait que peu poussés. Bien que les perturbations de notre client aient augmenté, les médecins responsables déclarent qu’ils n’ont trouvé aucun problème sérieux. Cependant, les symptômes décrits par notre client ont soulevé des doutes croissants sur ces rapports médicaux officiels. Le type de ces symptômes a semblé indiquer qu’ils ne pouvaient avoir été seulement provoqués par les conditions extrêmement dures de détention à Imrali. Par conséquent, en tant qu’avocats, nous avons exigé à plusieurs reprises un examen indépendant de notre client afin de découvrir la vérité au sujet de sa santé. Par la suite, nous avons réussi à passer hors de la prison une mèche des cheveux de notre client. Cet échantillon a été analysé dans un des instituts toxicologiques les plus renommés du monde où ils ont mesuré de fortes teneurs en strontium et chrome. Ces valeurs indiquent une intoxication chronique de notre client qui ne peut pas être expliquée par des causes normales. Ce n’est pas simplement les suppositions d’un avocat mais le résultat d’une analyse scientifique qui n’a pas été réfuté jusqu’ici. Par conséquent, l’acceptation d’un empoisonnement chronique de notre client est toujours d’actualité pour nous.

Il y a eu de nombreuses interrogations sur la possibilité de sortir un échantillon de cheveux d’une prison moderne de haute sécurité comme Imrali. Pouvez-vous nous donner des précisions ?

Je connais parfaitement ce qu’est Imrali étant l’un des mandataires qui ont régulièrement rendu visite à M. Ocalan sur Imrali depuis son arrestation en 1999. C’est un secteur de haut-sécurité. Il n’y a aucune autre prison comme ceci en Turquie. Cependant, même les systèmes de surveillance les plus sophistiqués ont un point faible. Nous avons trouvé une opportunité et l’avons utilisée. Après tout, un échantillon de cheveux est très petit. Savoir comment nous avons réussi n’est pas aussi important que ça. C’est le résultat qui compte, et il a été alarmant. Vous ne pouvez pas comparer la Turquie aux pays européens. Si nous vous disions comment nous avons sorti l’échantillon hors d’Imrali, nous entraînerions des répressions de la part de l’état contre ceux impliqués dans cet exploit. Les charges intentées contre Irfan Dundar et moi-même après la conférence de presse de Rome en sont un bon exemple. Nous n’avons fait que présenter au public les résultats de l’analyse médicale. En raison de notre expérience comme avocats de la répression d’état que nous avons en Turquie, nous nous sommes abstenus de donner des détails au sujet de la façon dont l’échantillon a été sorti. Cependant, nous serions heureux de donner ces détails devant un établissement juridique international comme la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Nous l’avons déjà dit à la conférence de presse à Rome. Il n’y a aucun besoin de spéculation ici. Nous avons également communiqué notre position au comité contre la torture du Conseil européen. Ils ont déclaré comprendre cette position. Nous sommes maintenant en mesure de tout leur expliquer. Cependant, nous ne pouvons pas faire ceci publiquement tant que les autorités turques ne nous assurent pas une exemption de charge à notre encontre.

D’une part, les résultats que vous avez présentés à la conférence de presse montrent une intoxication chronique de votre client, d’autre part, votre client a lui-même minimisé ses problèmes dans les médias Kurdes. Comment pouvez-vous expliquer cette contradiction apparente ?

Depuis la conférence de presse à Rome, je n’ai pas vu mon client. Cependant, mes collègues me donnent les détails de leurs visites avec M. Ocalan. Jusqu’à présent il n’a jamais évoqué les spéculations au sujet de son échantillon de cheveux. Il ne s’est renseigné sur les résultats de l’analyse que peu de temps avant la conférence de presse. Comme vous le savez, il n’est pas un simple citoyen. C’est un homme politique kurde de premier plan et son avis a un certain poids dans le Moyen-Orient. Par conséquent, quand il parle, il parle en tant qu’homme politique. Il ne s’est pas attardé sur son empoisonnement mais a immédiatement abordé les circonstances, se concentrant sur la participation possible de fonctionnaires d’état ou de services internationaux. Pourquoi est-ce que quelqu’un voudrait l’empoisonner, pour quelles raisons politiques et qui en bénéficierait ? Il n’a pas parlé des détails médicaux ou techniques, et il ne se démarque nullement d’avec ce que ses avocats ont déclaré auparavant. Je ne peux voir là aucune contradiction.

En attendant une délégation du comité contre la torture (CPT) a effectué une visite à Imrali. Ils ont également pris un échantillon de cheveux de votre client. De manière publique le comité n’a pas communiqué sur les résultats. Avez-vous des détails ?

Notre client confirme cela. La délégation est demeurée deux jours à Imrali où elle a vu M. Ocalan plusieurs fois. Ils ont parlé de ses problèmes de santé, de l’empoisonnement et de l’isolement cellulaire. Ils ont également pris un échantillon de cheveux. Nous avons rencontré le CPT après cette visite. Ils ne nous ont pas informés au sujet de leurs résultats. Ce n’est pas étonnant cependant car le CPT ne fournit jamais d’informations publiques sur ses investigations. Ils ne discutent de leurs résultats qu’avec les pays impliqués et parlent des manières possibles d’améliorer la situation. Cependant avec l’autorisation de ces pays, les rapports du comité peuvent être édités. C’était également le cas quand le CPT a visité Imrali au cours des années passées. Selon notre expérience précédente la publication des résultats prendra plusieurs mois, ce que le CPT confirme également. Jusque-là les détails demeureront secrets.

Presque six mois ont passé depuis la conférence de presse à Rome. L’empoisonnement de votre client n’est plus dans les médias, et pas plus dans les médias Kurdes qui en parlaient presque quotidiennement au début. Que pouvez-vous dire au sujet de la santé de votre client aujourd’hui ?

À la suite de notre rapport à la conférence de presse il y a eu une certaine excitation parmi les Kurdes. Ils ont organisé des protestations pacifiques et des grèves de la faim ; des organisations et des politiques ont demandé qu’une équipe indépendante du CPT enquête sur le sujet. Ces diverses manifestations ont cessé la plupart du temps après la visite de l’équipe du CPT à Imrali. Fondamentalement, les Kurdes font confiance au CPT. Ils pensent que le sujet est étudié. Cependant, ils s’attendent à des résultats, surtout à la publication du rapport final. Beaucoup de gens ont demandé si M. Ocalan recevait maintenant un traitement ou si cela était au moins envisagé à l’avenir. Cependant, à la vue de la manière dont le CPT fonctionne habituellement, j’ai peur que cette attitude d’attente change si il se passe beaucoup de mois avant que les résultats des examens deviennent publics. Le CPT pourrait peut être déroger à ses règles habituelles en raison de ce cas extraordinaire. Néanmoins nous continuerons à rencontrer le CPT. Nous continuons également à informer le secrétaire général de l’assemblée parlementaire du Conseil européen. Nous restons confiants et pensons que nous pouvons trouver une solution pour notre client qui ne viole pas les procédures du CPT. Jusqu’ici, l’état de santé de notre client est demeuré sans changement comme il l’a confirmé le 8 août, quand ses avocats l’ont pour la dernière fois rencontré à Imrali. Cela reste donc toujours un sujet d’inquiétude. Il a également exprimé ses doutes quant à la durée qu’il pourrait encore supporter dans de telles conditions. Cependant, il est en bonne santé psychologique. Ses problèmes sont physiques et doivent être traités rapidement.