Aie confiance… mais attache ton âne

Ce proverbe soufi enseigne qu’il faut savoir combiner confiance et prudence : on peut se fier à Dieu ou à la vie, mais il est sage de prendre des précautions concrètes. C’est sans doute ce qu’il faut retenir de la situation actuelle concernant les Kurdes, tant en Turquie qu’en Syrie.

Comme dit dans le précédent article https://www.akb.bzh/quil-est-dur-de-faire-la-paix/ ‘’ Personne n’est naïf, mais les intérêts, même contradictoires, des uns et des autres rendent possibles des accords ‘’historiques’’ en faveur de la reconnaissance du peuple kurde, de ses droits politiques et culturels’’. Ni le Président autocrate de la Turquie, Recep Tayyip Erdoğan, ni le président, à titre transitoire, de la République arabe syrienne, Ahmed al-Charaa, ancien djihadiste, fondateur, entre autres, du Front al-Nosra, ne se sont soudainement convertis à la démocratie. Les négociateurs kurdes et Abdullah Öcalan le savent. Le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, le sait aussi. Les uns et les autres ont fait le pari de la paix, pari risqué, mais qu’il faut soutenir. L’évolution des négociations, tant en Syrie qu’en Turquie est peut-être plus liée qu’elle ne le parait. Les dictateurs, aussi, ‘’se marquent à la culotte’’.

Situation en Syrie : la langue kurde n’est toujours pas acceptée comme langue officielle

Tout repose sur l’accord conclu en janvier 2026 prévoyant l’intégration complète des institutions dans l’appareil d’Etat. “La phase d’intégration des institutions militaires, sécuritaires et administratives aux institutions nationales de l’Etat est achevée“, a déclaré Mazloum Abdi, “Nous entamons désormais une nouvelle phase“, a-t-il assuré. “Notre lutte se poursuivra afin de faire inscrire dans la Constitution les droits légitimes de notre peuple“.

On peut donc dire en effet qu’une nouvelle phase commence et les risques sont énormes : ‘’Si Damas et Ankara ont une réelle volonté de résoudre la question kurde au Rojava et au Bakur, c’est le moment ! Si ses derniers jouent la carte du temps, pour asseoir, pour l’un, son pouvoir à Damas, et assurer, pour l’autre, sa réélection à Ankara, ce sera une catastrophe. Prudence, méfiance doivent rester de mise’’ me susurre une voix autorisée impliquée dans le processus. L’inquiétude transparait : ‘’ La situation n’évolue qu’en apparence. A titre d’exemple, la langue kurde n’est toujours pas acceptée comme une seconde langue reconnue au pays’’.

Une dernière nouvelle qui vient de tomber n’est pas faite pour nous rassurer : Washington a annoncé, ce lundi 24 août, le retrait de la Syrie de sa liste des pays soutenant le terrorisme, et celui Hayat Tahrir al-Cham (HTS) (anciennement Front al-Nosra) de la liste des organisations terroristes, un cadeau de Donald Trump, qui a ‘’lâché’’ les Kurdes, à son ami Ahmed al-Charaa, ‘’pour relancer l’économie’’. Ahmed al-Charaa a désormais les mains libres. L’heure de vérité approche.

Turquie : des négociations intenses continuent, dans la discrétion qu’il convient

OUI, une étape majeure a été franchie, le 11 août 2026, quand le Parlement turc a adopté une loi-cadre ouvrant à des négociations entre les belligérants ; l’amnistie constitue une étape importante, mais elle ne résout pas la question kurde. Elle ne répond pas pleinement aux problèmes de la représentation politique, des droits linguistiques, de la décentralisation administrative et de la libération d’Öcalan. Elle offre aux combattants une issue individuelle, sans encore définir la place collective des Kurdes dans la future Turquie. L’amnistie doit s’accompagner de garanties politiques crédibles. Les négociations continuent pour l’instant, quelque part, en toute discrétion, mais semble-t-il, avec des avancées en vue. Des libérations de détenus politiques sont attendues. Comme en Syrie, la reconnaissance de la langue kurde comme langue officielle est posée.

Coopération décentralisée et soutiens aux actions pour la paix

«Prie Dieu, mais attache ton chameau». cette autre variante du proverbe soufi distingue la confiance active de l’inaction passive. L’âne ou le chameau, moyen de déplacement vital dans le désert, symbolise, ici, ce que l’on doit protéger ou gérer concrètement dans la vie quotidienne.

Il n’est pas question pour nous, associations, citoyens lambda, de prendre une part active aux négociations de paix, mais nous sommes invités à nous informer, en diversifiant nos sources, pour informer le plus objectivement possible (Hubert Beuve-Méry fondateur du quotidien Le Monde et du mensuel Le Monde diplomatique, préférait parler ‘’d’honnêteté intellectuelle’’). Manifester son inquiétude, s’émouvoir des reculs, s’impatienter des lenteurs, ne suffisent pas. Il faut agir. Agir ? Mais comment ? A cette question posée est venue une réponse, directe, concrète, motivante : ‘’coopération décentralisée et soutiens aux actions pour la paix’’.

Les ville kurdes, véritables ilots de résistance qui agissent pour la paix et la démocratie, sont demanderesses de contacts avec d’autres collectivités locales pour conclure des accords de coopération, aussi bien urbanistiques que culturels ou sociaux.

A nous d’être des facilitateurs de ces échanges, voire plus ! Une façon concrète d’agir pour chacun, selon ses possibilités.

André Métayer