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« Kafka à Istanbul », où se déroulent les procès absurdes contre Erol Özkoray et Pinar Selek

Erol Özkoray et Pinar Selek se sont retrouvés le 5 décembre dernier à Istanbul, devant une cour de justice turque, pour répondre pour la énième fois de crimes qu’ils n’ont pas commis. Cet acharnement d’une prétendue justice a quelque chose d’incompréhensible, directement sort d’un roman de Kafka.

Erol Özkoray

L’écrivain et journaliste Erol Özkoray a été condamné le 23 septembre 2014 à 11 mois et 20 jours de prison assortis d’une peine de cinq ans avec sursis par la 2ème cour pénale d’Istanbul pour avoir insulté le premier ministre (aujourd’hui président de la république de Turquie) dans son livre « Le Phénomène Gezi ». Au mois de mai 2014, il a obtenu le prix Ayse Nur Zarakolu de la liberté de pensée et d’expression, juste récompense pour toutes les luttes démocratiques qu’il a menées contre l’Etat, l’armée et le pouvoir islamiste.”Il est moralement et politiquement très important que cette lutte soit enfin reconnue dans mon propre pays” a déclaré Erol Özkoray en soulignant qu’il reste encore beaucoup à faire pour réaliser une vraie démocratie en Turquie. Saisi en appel, le tribunal n’a pas encore rendu sa sentence.

Pinar Selek

L’acharnement est manifeste. Tout a commencé dans les années 90, alors que Pinar Selek, sociologue, écrivait sur la question kurde : elle tentait d’analyser le conflit qui opposait les militants kurdes à l’Etat turc. Arrêtée en 1998, torturée, on ne lui a jamais pardonné d’avoir refusé de donner les noms des rebelles du PKK rencontrés dans le cadre de ses recherches. Condamnée à la prison à vie pour des faits imaginaires (un attentat à la bombe qui n’a jamais eu lieu !), plusieurs fois acquittée, son acquittement prononcé par une juridiction a été à chaque fois annulé par une autre juridiction. Pinar Selek se retrouve donc à nouveau, 16 ans plus tard, devant un tribunal, face à un procureur qui maintient son accusation sans fournir aucune argumentation et qui demande à nouveau une peine de prison à perpétuité. Le procès reprendra le 19 décembre 2014. C’est littéralement kafkaïen.

André Métayer