Soutien aux Kurdes... là-bas

La couleur, c’est politique

Le quartier de Ben û Sen (« Moi et Toi » en kurde) occupe un vallon au pied des remparts de Diyarbakir, au sud-est de la Turquie. C’est une communauté d’environ 18 000 personnes, en majorité des familles venues des villages kurdes rasés par l’armée dans les années 1990 mais aussi des Tziganes et, depuis peu, des réfugiés arrivés de Syrie. Ben û Sen est un quartier auto-construit : vu de la vallée du Tigre, c’est un village ; vu des remparts, c’est un bidonville. Pauvre, mais solidaire et autonome.

Ses habitants y ont reconstruit, entre parcelles maraîchères, ruelles mal pavées et maisonnettes aux couleurs vives, un équilibre fragile mais précieux. En Turquie, les Kurdes luttent depuis des décennies pour la défense de leur identité et de leurs droits politiques, face à un Etat qui veut les assimiler de force. Ce quartier incarne à la fois l’injustice qui leur est faite et leur résistance à cette injustice. Une identité qui fait tache, comme les couleurs vives des maisons. Mais aujourd’hui la ville de Diyarbakir est l’objet d’un ambitieux plan de réaménagement urbain.

Désormais, tout le monde le sait, les jours du Ben û Sen sont comptés. Face au cimetière, les ateliers d’urbanisme viennent d’installer un grand panneau sur lequel on découvre la prochaine mue du vallon : d’abord, une autoroute, ciment et bitume, déroulant sa ligne droite en direction de Mardîn ; plus loin, la muraille qui se dresse fièrement ; entre les deux, un immense parc parsemé de promeneurs à la peau blanche. Pas de moutons sur la pelouse, pas de peinture aux nuances libres, pas de venelles aux ombres fraîches. Rien qu’une immense étendue monochrome.

Au-delà de ce qu’il est convenu d’appeler la « question kurde, » cette histoire est celle de tous les quartiers populaires, partout dans le monde, sacrifiés à la spéculation foncière et à la gentrification. Avec ce livre et cette exposition, nous avons voulu faire en sorte que Ben U Sen ne sombre pas dans l’oubli et que, sur le papier sinon sur les murs, ses couleurs continuent de faire tache.

Textes : E. Guillou
Photos : F. Legeait, G. Le Ny

Expo photo :

  • à la Cour des Miracles (rue de Penhoët, Rennes) jusqu’au 2 avril, vernissage le 21 mars (Newroz) à partir de 19h
  • à l’Antipode (MJC Cleunay, Rennes) du 7 avril au 7 mai, vernissage le 7 avril à partir de 18h30
  • au café citoyen le 29 avril.