‘’Paroles de Kurdes’’ au Centre Culturel Mésopotamie de Bruxelles

‘’ Paroles de Kurdes’’ écrits par nos amis, Mehmet Ali Doğan et Chris Den Hond, et préfacé par Hamit Bozarslan. https://www.akb.bzh/paroles-de-kurdes/ . Ce livre sera présenté par l’un des co-auteurs, Chris Den Hond, le mardi 27 octobre au Centre culturel Mésopotamie à Bruxelles, rue des Deux Eglises en présence de trois des 22 interviewés : Hozane Ehmed, Derwich Ferho et Doğan Özgüden qui participeront au débat.

Hozane Ehmed

‘’Je viens d’une famille kurde qui s’est engagée très tôt politiquement en Syrie. Nous sommes originaires d’Amoudé, à côté de Qamişlo, dans le nord-est de la Syrie, aujourd’hui, le Rojava. Mes grands-parents viennent de Hakkari, au Kurdistan de Turquie. Mon grand-père, son frère et son oncle, un célèbre poète kurde, font partie des premiers Mouvements de résistance des Kurdes en Syrie dans les années 40.’’

Hozane Ehmed est âgée de dix ans quand le coup d’Etat militaire éclate en Turquie et est restée très marquée par l’arrivée de combattants blessés. L’arrivée, en 1984, de Berivan, une combattante yézidie, lui fait découvrir le PKK : ‘’Je commence mon engagement à ce moment-là, grâce aux combattants du PKK qui arrivent au Rojava. Les valeurs que les combattants du PKK défendent, l’égalité homme-femme, me touchent beaucoup’’.

‘’Les combattants du PKK ou du YPG ont sacrifié leur vie pour le peuple, pour que le peuple ait une vie meilleure. Avec la dissolution du PKK, une autre époque va commencer. La lutte armée a fait renaître les Kurdes. Avant, nous étions presque morts. Avant la création du PKK, personne ne parlait des Kurdes. Nous étions définis comme des Turcs montagnards.’’ Et de conclure : ‘’ Parfois, j’entends des gens dire : vous avez sauvé l’humanité à Kobané’’. Oui, pour Hozane Ehmed , être kurde aujourd’hui est devenu une fierté.

Derwich Ferho

Derwich Ferho (né le 2 octobre 1961 à Mzizag, en Turquie) est arrivé en Belgique en tant que réfugié politique le 3 février 1977 et fonde, en 1978, TEKOSER (la Communauté des travailleurs et étudiants kurdes). En 1989, il fonde l’Institut kurde de Bruxelles dont il est, aujourd’hui, l’un des présidents. En mars 2006, ses parents Fatim et Ferho Akgül, âgés de plus de quatre-vingts ans, sont sauvagement assassinés par des unités ’’spéciales’’ et des gardiens de village.

Derwich Ferho explique dans le livre : ‘’L’Etat profond voulait m’atteindre, moi et mon frère. je suis président de l’Institut kurde de Bruxelles et mon frère est journaliste à la télé kurde MED TV. Comme ils n’ont pas pu nous avoir, ils s’en sont pris à nos parents ‘’.

Il trouve positif que prenne fin en Turquie la lutte armée du PKK et que les ‘’masses kurdes’’, poursuivent aujourd’hui, en Turquie, le même combat par la voie politique. Derwich Ferho attend du gouvernement de Turquie des choses très concrètes : ‘’ Nous attendons, par exemple, qu’il arrête de mettre un prix sur la tête de militants en exil. Encore aujourd’hui, je suis considéré comme l’un des principaux terroristes du PKK en Europe, et, pas plus tard qu’en 2023, les autorités turques ont établi une liste de personnes à éliminer : Zübeyir Aydar (membre influent du KCK, Union des communautés du Kurdistan), Adem Uzum (Membre du KNK, Congrès national du Kurdistan ), Yuksel Koç (Ancien co-président du KCDK-E, Congrès des sociétés démocratiques kurdes en Europe), et moi-même. Et les autorités européennes se laissent trop influencer par la propagande turque’’.

Doğan Özgüden

On ne présente plus Doğan Özgüden et son épouse, İnci Tuğsavul, couple nonagénaire inséparable de journalistes réfugiés politiques en Belgique depuis cinquante-cinq ans. Ils sont turcs mais défendent résolument la cause kurde. Rédacteur en chef du journal Akşam entre 1964 et 1966, élu au comité central du Parti ouvrier de Turquie (TİP), Doğan Özgüden fonde, en 1967, avec İnci Tuğsavul, la maison d’édition Ant, qui publie divers livres ainsi que le magazine hebdomadaire Ant. Ce qui leur vaudra, après le coup d’Etat militaire de 1971, d’être inculpés de plus de 50 chefs d’accusation et d’encourir des peines démentielles de plus de 300 ans d’emprisonnement. Contraints à l’exil, ils continuent le combat et fondent en 1974 l’agence Info-Türk, n’hésitant pas à aborder des sujets considérés comme tabous en Turquie, comme l’antisémitisme, le génocide arménien, et, bien sûr, la cause kurde qu’ils défendent avec pugnacité.

Ils recevront en 2006 le prix de la liberté de pensée décerné par la section d’Istanbul de l’Association des droits de l’Homme de Turquie (IHD).

‘’ Si Ankara veut répondre positivement à l’appel du PKK de déposer les armes et de se dissoudre, elle devra radicalement changer de politique, pour une démocratisation de toute la Turquie, et pas seulement pour résoudre la question kurde’’, prévient Doğan Özgüden.

André Métayer
Les photos sont tirées du livre ‘’ Paroles de Kurdes’’ (édition Le Croquant)